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Marcq : un but charmant de promenade à la frontière linguistique

L’église Saint-Martin, seul monument classé du village. | © Vincent Rocher

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Au nord de la Wallonie, Enghien est l’une des quatre communes à facilités de notre région. Elle possède un formidable patrimoine, trop souvent méconnu.


Par Frédéric Marchesani / Photos Vincent Rocher

Parmi ses multiples attraits, on trouve l’un de ses villages, Marcq. Celui-ci constituait une commune à part avant la fusion de 1977 avec les hameaux de Bornival, Labliau, Lekernay et Milst. Son nom d’origine germanique, « marka », est devenu « marche » en français, signifiant alors limite de territoire. En effet, la Marcq, affluent de la Dendre et sous-affluent de l’Escaut qui traverse le village, indiquait alors la frontière. Aujourd’hui encore, la rivière fait office de séparation entre les provinces du Hainaut et de Flandre-Occidentale.

Essentiellement agricole jusque dans les années 1980, le village s’est depuis peu étendu avec la construction de divers lotissements, de nombreuses personnes profitant de sa proximité avec la capitale. Cette localité de près de 3 000 habitants possède un charme certain. Une quarantaine d’édifices y sont repris sur la liste du patrimoine immobilier culturel, dont deux sont classés.

Édifice de style gothique surmonté d’une tour romane du XIe siècle qui, à l’origine, servait au guet et comme refuge, l’église Saint-Martin est classée comme monument depuis le 1er juin 1945. Reconstruite au milieu du XVIe siècle, elle a été restaurée dans la seconde moitié du XIXe siècle, époque durant laquelle une entrée axiale néoromane a été ajoutée. Le clocher de la tour romane a également été restauré en 2007, au cours d’une campagne visant la consolidation de la charpente ainsi que la réparation de la toiture.

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Le très bel orgue de l’église Saint-Martin, inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel. ©Vincent Rocher

Parmi le mobilier de l’église, on remarquera entre autres les boiseries de parement du chœur et la chaire de vérité ainsi que l’orgue, tous datés du XVIIIe siècle. Ce dernier, construit en 1772, est l’œuvre du Gantois Peter I Van Peteghem, fondateur d’une des plus importantes dynasties de facteurs d’orgues de Flandre. Il s’agit de son œuvre la mieux conservée en Wallonie. Son buffet s’intègre de façon particulièrement harmonieuse à la tribune de style Renaissance qui le supporte.

L’orgue de Marcq possède une autre particularité : un positif de socle factice, constitué d’une tourelle centrale encadrée par deux plates-faces en forme de lyre. L’ensemble donne ainsi l’illusion d’un instrument plus grand qu’il n’est en réalité, ce qui s’inscrit dans la tradition des orgues français de l’époque, dont celui de Marcq est proche par sa composition. L’orgue ne dispose que d’un seul clavier et est dépourvu de pédalier. Une tourelle centrale surmontée d’une statue équestre de saint Martin l’agrémente. L’ensemble de l’ornementation, à l’exception de certains éléments, adopte le style rocaille. Il a été inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel en 2016.

Au détour des rues du village, on découvre également quelques chapelles et potales, témoins de la dévotion populaire d’autrefois. À l’angle de la rue Rouge se trouve un édifice néogothique érigé en 1885 et dédié à Notre-Dame du Perpétuel Secours. À l’angle de la rue Labliau, c’est une potale de la seconde moitié du XIXe siècle qui se dresse : elle a été installée en mémoire de deux habitants du village décédés le 11 février 1850. Dans la rue des Croisettes, une autre potale en calcaire de 1785, dédiée à la Vierge, est isolée au milieu des champs.

 

La chapelle Sainte-Croix. ©Vincent Rocher

Elle voisine avec la chapelle Notre-Dame de Tongres, rebâtie en 1826 et protégée par de vénérables tilleuls. Le hameau de Labliau a conservé son ancienne église paroissiale, sanctuaire néogothique dédié à sainte Anne et inauguré en 1905. Dans la rue Kwade, la chapelle Sainte-Croix est, elle aussi, assez intéressante. Restaurée à plusieurs reprises, cette construction date de 1617, comme l’indique un millésime présent sur le pignon arrière. La façade comporte une entrée refaite en 1778. Côté rue, une grande niche en anse de panier abrite un beau calvaire en bois polychrome dont le crucifix date encore du XVIIIe siècle, tandis que les statues de saint Jean et de la Vierge ont été remplacées.

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Sur les sept moulins connus sur le territoire de Marcq, deux moulins à eau subsistent, bien que hors d’usage et privés : le moulin Lietens, sur le ruisseau du même nom, et le moulin de la Garenne, sur la Marcq. Situé sur la chaussée d’Ath, le premier a été classé comme site en 1980. Les vestiges d’un moulin datant du XVIIe siècle sont intégrés au logis de la ferme attenante. Succédant à un autre édifice cité dès 1335, le moulin était toujours en activité en 1950. Dans la même rue subsiste l’ancienne demeure d’un tailleur de pierre, rappel d’une époque révolue où cette activité extractive faisait vivre toute une région, et datant de 1834.

 

Le presbytère, témoin de l’Ancien Régime. ©Vincent Rocher

Les exploitations agricoles ne manquent pas dans le village. On peut citer la ferme Pannebroeck, un vaste quadrilatère érigé en 1732. Le logis, les corps d’étable et la grange en long s’organisent autour d’une cour pavée à fumier central. Rue de Chièvres, la ferme Languerode présente un logis millésimé de 1780 tandis que la ferme Terneppe a pour sa part conservé son vaste quadrilatère daté de 1740, bien que modifié par la suite. On y trouve des pierres dotées des marques du célèbre Grégoire Wincqz, maître de carrière à Soignies.

Dans la rue de Labliau, deux fermes de la première moitié du XIXe siècle sont encore aujourd’hui voisines. Dans la rue Kwade, non loin de la chapelle Sainte-Croix, une autre petite ferme en quadrilatère attire l’attention : elle a conservé des bâtiments des XVIIIe et XIXe siècles, parmi lesquels une belle grange. Dans la rue du Village, citons encore une petite ferme clôturée dont le logis est daté de 1741. Non loin de là se trouve le presbytère, avec un beau logis daté de 1789. Il s’agit d’un autre témoin intéressant du patrimoine villageois, qui compte encore quelques belles bâtisses érigées sous l’Ancien Régime.

VISITEZ LA FERME-MUSEE

 

Vue aérienne de la ferme-musée de Marcq. Vincent Rocher

Dans la rue du Village, non loin du presbytère, se trouve la ferme-musée de Marcq. Accessible depuis la place, cet espace muséal a été créé par Louis Darbé, agriculteur retraité et conservateur passionné. Il présente une très belle rétrospective de la vie agricole d’antan et de l’évolution de la vie rurale aux XIXe et XXe siècles. On y trouve des machines liées au travail du sol, mais aussi à la culture du tabac ou au travail du lin. Dans l’ancienne brasserie de la ferme, vous pourrez admirer une collection de moulins à vanner, dont certains ont plus de cent ans. Vous découvrirez également de nombreuses charrues, dont plusieurs du XIXe siècle, et pourrez vous attarder dans l’atelier de menuiserie, parfaitement reconstitué.

INFOS
La ferme-musée est accessible du 1er mai au 1er novembre, uniquement sur réservation. Elle se situe rue du Village 53 à 7850 Marcq.
02 395 40 96 – bernadette.darbe@gmail.com

 

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