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À la découverte de la rénovation urbaine de Marche-En-Famenne

Vue aérienne de Marche, avec l’église Saint-Remacle. | © Vincent Rocher / Guy Focant

Voyages

Au cœur de la nature, à la croisée de plusieurs routes importantes, se niche une ville de caractère qui allie patrimoine ancien et art contemporain.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Située dans la province du Luxembourg, l’entité comprend de nombreux villages : Aye, Champlon-Famenne, Grimbiémont, Hargimont, Hollogne, Humain, Lignières, Marche, Marloie, On, Roy, Verdenne et Waha. Marche-en-Famenne est traversée par la Marchette, un affluent de l’Ourthe. Comme son nom l’indique, la commune se trouve principalement dans la région géologique de la Famenne. Toutefois, elle est aussi traversée par la bande calcaire de la Calestienne, et la partie orientale de son territoire est située en Ardenne.

C’est au Moyen Âge qu’apparaissent les noyaux d’habitation à l’origine des localités qu’on connaît aujourd’hui. Alors que la région était depuis demeurée sous le pouvoir des comtes et ducs de Luxembourg, des ducs de Bourgogne, des rois d’Espagne puis des empereurs d’Autriche, la fin du XVIIIe siècle voit son obédience politique changer. Les troupes révolutionnaires françaises établissent leur domination en 1794 et Marche rejoint le nouveau département de Sambre-et-Meuse. Après la chute de Napoléon, Marche relève de la province de Liège de 1815 à 1818, puis du Grand-Duché de Luxembourg de 1818 à 1839, avant de passer à la province de Luxembourg.

Elle conserve son statut de chef d’arrondissement et de canton et jouit d’une situation économique favorable. La Révolution belge, puis le traité des XXIV articles de 1839, font de Marche une ville du nouveau royaume. Son visage contemporain se sculpte enfin tout au long d’ambitieuses entreprises d’urbanisme initiées à la fin des années 1970. La rénovation urbaine voulue par les autorités communales débute en 1977 ; toujours en cours, elle favorise à la fois la restauration et la création. La réalisation la plus visible est le boulevard urbain, inauguré en 2013, qui traverse la ville du nord au sud, en suivant le dessin de la section occidentale des anciens remparts.

L’entité abrite un patrimoine ancien riche et varié mais aussi plusieurs sculptures contemporaines. Vingt-deux biens sont classés comme monument ou comme site (églises, chapelles, maisons, châteaux, fermes…).

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L’église Saint-Remacle. La ville de Marche dispose d’une paroisse à partir du XIIe siècle. Elle est à l’époque propriété des moines de l’abbaye Saint-Remacle de Stavelot, ce qui explique son nom. L’actuelle église a vraisemblablement succédé à un édifice roman. Sa construction débute à la fin du XVe siècle et se poursuit jusqu’en 1520, voire 1540, ce qui la rend contemporaine des églises Saint-Lambert de Bouvignes, Saint-Jean de Namur ou Saint-Jacques de Liège. La sacristie nord est d’origine, tandis que son homologue sud ne remonte qu’au XIXe siècle. Le style relève clairement du gothique mosan. Preuve de son importance dans la vie de la région, on dénombre en 1558 douze autels en son sein, nés de la générosité des Marchois. L’édifice est touché par plusieurs incendies en 1615, 1715 et 1806, et les travaux de restauration se succèdent après chaque destruction. Plusieurs aménagements sont ensuite entrepris aux XIXe et XXe siècles.

Les œuvres d’art conservées proviennent majoritairement d’une période allant du début du XVIe au XVIIIe siècle. La pièce la plus ancienne de cette période semble être les fonts baptismaux, qui remontent aux environs de 1510. Des motifs flamboyants ainsi que quatre têtes masculines représentant les points cardinaux et les fleuves du Paradis décorent l’extérieur du bassin. Le pied, quant à lui, repose sur quatre lions.

En 1985, les travaux devant faire de la place du roi Albert (Ier) un piétonnier débutent. Ils s’achèvent trois ans plus tard. La restructuration profonde d’un espace qui était auparavant essentiellement vu comme un parking répond aux objectifs de la rénovation urbaine initiée près d’une année plus tôt par les autorités communales. C’est sur cette nouvelle esplanade que « L’Alliance éternelle », de la sculptrice Hélène Jacubowitz, a pris place en 2005. En bronze, elle célèbre la maternité en rappelant la présence, à l’intérieur de l’église, d’une Vierge à l’Enfant.

La maison Jadot. Implantée dans un parc, elle est composée d’un volume parallèle à la ruelle des Carmes et d’un autre, perpendiculaire, rejoignant la rue du Commerce. La seconde aile, de style classique, a été construite en 1776. La maison Jadot, qui vient de connaître une restauration, abrite actuellement une partie des services de l’administration communale ainsi que le musée de la Famenne.

L’ancienne église des Jésuites, aujourd’hui le Quartier latin. Partie intégrante d’un collège implanté en 1620, l’ancienne église des Jésuites a été construite de 1732 à 1740. En 1871, elle est réaffectée en local communal. Classée comme monument en 1985, elle fait actuellement partie d’un établissement hôtelier.

 

La maison Jadot. ©Vincent Rocher / Guy Focant

La maison Lecomte. Construite sur ce qui avait précédemment été l’hôtel de Schwart-zenberg, la maison Lecomte doit son profil à l’architecte liégeois Pierre Lauwers, commissionné par la grande famille bourgeoise et intellectuelle des Dury. Impressionnante par bien des aspects, elle se signale avant tout par son porche haut de cinq mètres, dont les plafonds en caissons incurvés de briques rouges et jaunes courent sur dix mètres de long. Sa façade tire quant à elle parti des briques jaunes et du poudingue, une roche volcanique de la région. À l’intérieur, le style Art nouveau est maître, comme le manifestent l’impressionnante cage d’escalier de chêne géométrique, les poutres de fer décorées apparentes ou les fenêtres au dessus arrondi et aux vitraux colorés. Chaque pièce dispose de sa cheminée et d’un plancher de chêne.

La chapelle Saint-Roch. Classée en 2018, elle est également appelée chapelle des Pestiférés, car elle se situe au milieu du cimetière réservé, avant 1787, à ceux-ci ainsi qu’aux soldats. Il s’agissait d’un petit cimetière hors les murs, proche d’une maladrerie, qui devint par la suite le cimetière principal de Marche lorsque l’inhumation des morts intra muros fut proscrite. Ce champ des morts présente un beau patrimoine de stèles clôturées de grilles en fonte, avec de nombreux caissons funéraires bien conservés.

L’importance et l’ampleur de ce dispositif font du cimetière de Marche le seul de Wallonie à présenter un ensemble aussi complexe dans l’établissement progressif des sépultures formant un labyrinthe involontaire. La chapelle est un bel édifice gothique érigé au tournant des XVIe et XVIIe siècles. À l’intérieur ont été conservés les bancs et stalles du XIXe siècle, un bénitier de la fin du XVIe siècle et des pierres tombales datant de l’épidémie de peste de 1636. Ces monuments funéraires portent les noms des victimes et ont été insérés dans le pavement du sanctuaire, sauf un, encastré dans la muraille à gauche de l’autel : la pierre de Jean Bouffeux, simple et austère. L’autel d’origine, toujours présent, était autrefois orné d’un retable évoquant les pestiférés, aujourd’hui conservé au Famenne & Art Museum.

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La chapelle Saint-Roch. ©Vincent Rocher / Guy Focant

LE MONUMENT JEAN BAPTISTE GASPARD

Datant du XIXe siècle, ce monument funéraire fait partie du cimetière de Marche-en-Famenne. Une épitaphe orne la face du socle : « À la mémoire de Mr J.B. Gaspard instituteur communal à Marche pendant 48 ans. Y décédé le 10 octobre 1883 à l’âge de 73 ans. Ses élèves reconnaissants. R.I.P. »

Il a été remis à neuf en 2015 au cours d’un chantier de formation de sept jours aux techniques d’entretien et de restauration d’un monument funéraire en pierre. Ce travail a été réalisé par les élèves de septième année professionnelle gros-œuvre de l’Institut Saint-Roch de Marche-en-Famenne et encadré par l’expertise technique de Patrick Lacroix, formateur au centre des métiers du patrimoine La Paix-Dieu de l’Agence wallonne du patrimoine. La commune de Marche-en-Famenne et son service des travaux ont financé le matériel et l’outillage pour le bon déroulement de la formation.

Le monument Jean Baptiste Gaspard dans le cimetière. ©Vincent Rocher / Guy Focant

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+32(0)84 32 01 08 visitmarche.be/fr/

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« Le Patrimoine de Marche-en-Famenne », 2018, 60 p. « L’Église Saint-Étienne de Waha », 2013, 40 p. « Le Patrimoine de Marche-en-Famenne », 2014, 274 pages. Guy Focant, « Regards sur le patrimoine de Wallonie », 2018, 284 p., version française ou quadrilingue.

 

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