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Trésors wallons : Dalhem, un écrin de vie en province de Liège

L’église Saint-Pancrace et son étroite tour du XVIIIe siècle. | © Guy Focant

Voyages

Ses habitants cultivent un art de vivre où la diversité locale est privilégiée et le folklore une religion. Un écrin de nature et de richesses niché  dans le pays de Herve aux portes de l’Ardenne bleue.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Cette commune, qui porte le nom d’un ancien comté, est installée dans un cadre naturel qui, à lui seul, vaut le détour. Berneau, Bombaye, Dalhem, Feneur, Mortroux, Neufchâteau, Saint-André et Warsage partagent une architecture castrale, rurale et religieuse remarquable et une culture de la Basse-Meuse tout aussi exceptionnelle. Dalhem est avant tout une entité rurale où une intense activité agricole s’est frayé un chemin à travers un relief boisé et vallonné. Plusieurs cours d’eau dessinent les contours de lieux de vie mêlant habitat, commerce et artisanat. L’entité compte treize monuments et sites classés, ainsi qu’un chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel et de nombreux arbres remarquables.

Dalhem et l’église Saint-Pancrace. La ville haute est typique de ce qu’on appelle un bourg castral, c’est-à-dire un village neuf. Immédiatement en contrebas du château médiéval s’est implanté un habitat où résidaient les fonctionnaires comtaux, des artisans et des négociants. S’y installent également un marché, une halle et une chapelle castrale dédiée à saint Pancrace, qui sera érigée en église paroissiale en 1618. Forteresse et bourg vivaient en étroite relation. La Haute-Strée constituait l’artère principale de cet ensemble cerné de toutes parts de hautes murailles que ponctuaient plusieurs tours. La porte d’En-Bas, fortifiée, donnait accès à la vallée.

Si, au fil des siècles, Dalhem subit plusieurs sièges, elle demeura la capitale du comté et devint un lieu de résidence prisé par les autorités politiques, judiciaires et administratives. Dès le XVe siècle, dans l’espace situé à l’extérieur de la muraille médiévale et délimité par les vallées tracées par le Bolland et la Berwinne, s’est développée la ville basse.

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Le village de Dalhem et ses vignes. ©Guy Focant

En contraste avec la ville haute désormais davantage à vocation résidentielle, elle se fait industrielle, commerçante et animée. La force motrice fournie par les deux cours d’eau qui l’arrosent permet l’implantation de moulins à farine, dont le moulin banal et d’autres à usage industriel, comme celui à poudre du célèbre munitionnaire liégeois Jean Curtius, ou encore une foulerie, une fabrique de draps et plusieurs de serge (laine tissée). Par contre, dès que l’on gagne les versants verdoyants de la vallée, un monde agricole réapparaît, dont témoignent encore de multiples fermes anciennes.

À l’heure actuelle, lorsqu’on observe l’ancienne place forte, s’impose aux yeux de tous la monumentale église de Dalhem dédiée à saint Pancrace. À la chapelle castrale succéda au XVe siècle une église précédée d’une tour étroite restaurée en 1714. Le corps de l’église, quant à lui, date de 1829-1830. Il serait l’œuvre de l’architecte liégeois Jean-Noël Chevron, réputé pour ses réalisations néoclassiques. Bien que récente, l’église de Dalhem conserve néanmoins un patrimoine ancien, comme les fonts baptismaux datant du XVIe siècle.

Elle a également abrité la fameuse Vierge de Berselius qui se trouve désormais au Grand Curtius, à Liège et était déjà considérée, au moment de sa conception, au XVIe siècle (vers 1530-1536), comme un des chefs-d’œuvre du début de la Renaissance dans le pays mosan. Classée en 2011 parmi les biens exceptionnels de Wallonie par la Fédération Wallonie-Bruxelles, la statue a fièrement trôné dans l’église de Dalhem au moment de sa reconstruction au XIXe siècle.

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L’église Sainte-Lucie de Mortroux et son orgue classé. Dédiée à sainte Lucie, attestée depuis le XIIIe siècle, elle est entourée d’un cimetière traversé par une allée bordée de croix funéraires en pierre des XVIIe et XVIIIe siècles. En 1782, à l’initiative de l’abbaye de Cornelimunster, l’église est reconstruite et prend l’allure qu’on lui connaît actuellement. La tour de défense a été réaménagée sur ses fondements médiévaux. La majorité du mobilier de l’église – autel, bancs de communion, chaire de vérité, jubé et confessionnal – date du XVIIIe siècle. Toutefois, on peut y admirer des fonts baptismaux en pierre de style gothique du XVIe siècle.

 

Les vestiges des remparts de Dalhem, avec la tour du Wichet en arrière-plan. ©Guy Focant

Lors de la suppression des abbayes et couvents sous le régime français, nombre d’orgues furent mis en vente. C’est dans ce contexte qu’en 1809, le curé de Mortroux fit l’acquisition de l’instrument provenant de l’église de l’ancienne abbaye des chanoines prémontrés au lieu-dit Beaurepart à Liège, actuel Grand Séminaire. L’instrument fut sans doute construit à Liège au XVIIe siècle, mais le facteur, faute d’archives, ne peut être identifié. Cette provenance explique une particularité de l’instrument unique en Wallonie, l’arrondi de son buffet, qui épousait l’architecture des lieux d’origine.

Il est également flanqué de deux volets décorés de grandes grisailles exceptionnelles et conserve des tuyaux anciens du XVIIe siècle. Tout au long du XIXe siècle, il subira des manipulations et des restaurations souvent peu scrupuleuses, pour finir par être totalement abandonné à partir des années 1960. Il faut attendre 1991 pour que plusieurs facteurs d’orgues, soutenus entre autres par la Fondation Roi Baudouin, obtiennent son classement et entreprennent une véritable campagne de restauration, qui s’étendra à l’église elle-même. Ce renouveau permet de jouir d’une sonorité identique à celle du XVIIe siècle et, par la même occasion, invite à redécouvrir ce patrimoine sonore exceptionnel.

 

Le buffet arrondi de l’orgue de Sainte-Lucie est une particularité unique en Wallonie.  ©Guy Focant

La commune de Dalhem abrite un deuxième orgue classé dans l’église Saint-Servais de Berneau. C’est au milieu du XIXe siècle que les deux frères Molinghen, originaires de Mortier, auraient conçu leur plus belle œuvre. La reconnaissance dont jouit cet instrument témoigne de la valeur organologique, esthétique et culturelle d’un chef-d’œuvre de l’art régional. L’église Saint-Pierre de Mortier conserve un autre orgue de même facture, réalisé également par les Molinghen.

Le château du Borchgrave à Berneau. Seigneurie déjà attestée au IXe siècle, Berneau comptait au XIIIe siècle trois donjons défensifs dont le château du Borchgrave, bâti sur les fondements de la forteresse primitive du IXe siècle. L’édifice doit son nom aux derniers châtelains, les Borchgrave d’Altena, propriétaires des lieux de 1771 à 1921.

 

Le château du Borchgrave.  ©Guy Focant

À l’origine et jusqu’au XIVe siècle, le château était entouré de fossés et d’étangs. Son style est composite et ne conserve que de rares éléments d’origine. L’architecture du château remonte essentiellement aux XVIe et XVIIe siècles. Durant cette période, la famille de Gulpen aménage et construit plusieurs annexes, lui donnant son aspect actuel. Classé en 1935, propriété privée depuis 1997, il trône au milieu d’un site composé d’une ferme attenante au château, d’un presbytère construit en 1756 – où se trouve la maison communale, au 7 de la rue de Maastricht – et de quelques maisons voisines. L’ensemble a été classé en 1976.

LA BEAUTE DE L’APPELBOOM

L’Appelboom. ©Guy Focant

Le village de Warsage, à la limite de l’entité d’Aubel, abrite un arbre qui daterait de la première moitié du XVe siècle. À l’époque, situé sur les terres de l’abbaye du Val-Dieu à Sart-les-Moines, il servait de délimitation entre les villages d’Aubel et de Warsage. Actuellement, on peut le retrouver sur un terrain privé, le long du chemin du Sart, grâce à un panneau explicatif qui borde la balade no 13. Si son nom suggère un pommier, il s’agit en réalité d’un tilleul à grandes feuilles.

L’Appelboom est la traduction hybride des parlers d’alors (roman et germanique) et signifie « arbre de l’appel ». Il fait référence à la procession du Saint-Sacrement qui eut lieu jusqu’en 1860. Partant de Fouron-Saint-Martin, elle attirait les habitants de Saint-Jean-Sart qui se rassemblaient autour de l’arbre pour ensuite festoyer. Classé en 1964 pour sa valeur esthétique et historique, il a néanmoins subi à travers le temps de nombreux dommages. En 2020, victime des intempéries, il a été brisé en deux, mais de nouvelles souches justifient que son classement demeure.

ORGANISEZ VOTRE VISITE

La commune de Dalhem fait partie des douze communes de l’Entre-Vesdre-et-Meuse intégrées à la maison du tourisme du Pays de Herve. Celle-ci propose des balades, des activités, des visites guidées, des conseils et toutes les informations pratiques pour organiser votre séjour ou votre visite.

INFOS
Maison du tourisme du Pays de Herve (antenne de Visé), rue des Béguines 7, 4600 Visé
+32 (0)4 374 85 55
www.paysdeherve.be
Ouvert de 9 h à 17 h (week-end et vacances scolaires de 10 h à 17 h). Fermé le lundi.

POUR EN SAVOIR PLUS

L’Agence wallonne du patrimoine vient de publier un nouvel ouvrage dans la collection des Carnets du patrimoine. Ce no 171 est entièrement consacré au patrimoine de Dalhem et présente les merveilles qui composent l’histoire et le patrimoine de l’entité à travers ses huit villages. Si vous souhaitez acquérir cette publication, n’hésitez pas à contacter le 081 23 07 03 ou publication@awap.be, ou consultez le site de vente en ligne promotion.awap.be. Le Carnet est également en vente dans de nombreuses librairies et à la boutique de l’Archéoforum de Liège.

Si vous commandez le Carnet no 171, « Le Patrimoine de Dalhem », auprès de l’Agence wallonne du Patrimoine avant le 1er décembre 2022, vous pourrez bénéficier d’une remise de 50 % sur le Carnet no 132, « L’Abbaye Notre-Dame du Val-Dieu à Aubel », soit 10,50 euros + frais de port pour les deux Carnets (offre valable jusqu’à épuisement du stock). N’hésitez pas à profiter de cette opportunité avec le code « promo Dalhem ».

« Le Patrimoine de Dalhem », Carnet du patrimoine no 171, Agence wallonne du patrimoine, 2022, 64 p., 8 euros.

 

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