Paris Match Belgique

Trésors wallons : Ittre, balade dans le roman païs

Ittre Haut-Ittre - Eglise Saint Laurent. | © Vincent Rocher

Voyages

Située dans la partie occidentale du Brabant wallon, la commune regroupe, depuis la fusion de 1977, les villages d’Ittre, Haut-Ittre et Virginal-Samme ainsi que leurs divers hameaux. Un bonheur à parcourir.


Par Frédéric Marchesani / Photos Vincent Rocher

Il y a bien longtemps, à leur époque glorieuse, le territoire des ducs de Brabant s’étendait de l’actuel Brabant wallon jusqu’à la province néerlandaise du Brabant septentrional. La partie la plus au sud, mais aussi la plus petite, était surnommée « roman païs » du duché de Brabant, car on y parlait des patois romans. Ses limites correspondaient assez bien à l’actuelle province du Brabant wallon.
La commune d’Ittre est traversée par le canal Charleroi-Bruxelles et par la Senette, un affluent de la Senne. Le village a de tout temps été lié à la présence d’eau, et son nom viendrait du latin « ittrae », qui signifie « ville d’eau ». Avant le retour des cantons de l’Est à la Belgique en 1919, c’est à Ittre que se situait le centre géographique du pays. Un ancien monument rappelle encore cet état de fait. Côté patrimoine, la commune compte quatre monuments et sites classés ainsi que trente-cinq monuments repris à l’inventaire du patrimoine immobilier culturel.

L’église Saint-Laurent de Haut-Ittre. Une bâtisse pittoresque et composite dressée sur la butte du cimetière, un petit édifice trapu en croix latine… Au milieu de la composition, la massive tour romane attire l’attention. Solide et carrée, elle est ouverte par de très petites ouïes en son sommet et a été érigée au XIIe siècle pour servir de tour de guet. La nef, d’origine romane et autrefois unique, a été modifiée en style gothique tardif et triplée à cette occasion. C’est de cette époque que datent les arcades en anse de panier reposant sur des colonnes en pierre bleue. La charpente romane a toutefois été conservée pour l’essentiel. Le collatéral nord a été ajouté au XIVe siècle, en même temps que le croisillon voisin. Le bras sud et son bas-côté, ainsi que les sacristies voisines, datent, eux, du début du XVIIe siècle. Le chœur, rectangulaire et édifié en grès blanc, a été reconstruit dès le XIIIe siècle.

À l’intérieur, plusieurs statues gothiques en bois des XVe et XVIe siècles sont conservées. Elles voisinent avec des autels et une chaire de vérité baroques du XVIIe siècle, de même qu’un confessionnal du XVIIIe siècle. En 2006, le sanctuaire a bénéficié d’une belle restauration qui l’a doté d’un enduit de protection blanc crème, lequel a apporté un peu d’homogénéité à l’ensemble. L’endroit est classé comme monument et comme site depuis le 3 janvier 1978.

La ferme de la Motte. Située dans le hameau de Housta et remontant pour l’essentiel aux XVIIe et XVIIIe siècles, elle présente des volumes chaulés sous des toitures de tuiles sombres qui composent un ensemble de qualité. Le logis, bâti sur deux niveaux en briques et pierre bleue, est ouvert d’une porte de tradition gothique. À droite, les fenêtres à linteau pourvu d’intrados (la partie intérieure et concave d’un arc) ont été refaites au XVIIIe siècle. Les étables, ouvertes de baies à linteau droit, possèdent un parement de pierre bleue bouchardée. Ces petits trous ont, en effet, été pratiqués au moyen d’une boucharde, un petit marteau en forme de rouleau armé de pointes qui sert aux maçons et aux cimentiers pour entamer les parties saillantes des pierres non dégrossies. Isolé derrière l’habitation, on trouve un petit fournil protégé par une bâtière de tuiles. La légende prétend que la ferme cache une chapelle secrète. Elle a été classée comme monument le 23 juin 1988.

 

©Vincent Rocher

La Tourette à Virginal-Samme. Dénommé La Tourette ou tour d’Asquempont, cet ancien château était autrefois un lieu de défense de la vallée de la Senette auquel se rattachait une ferme, citée depuis 1440. Sous l’Ancien Régime, Virginal était une terre franche (territoire libéré de certaines servitudes), alors que Samme relevait de la mairie de Nivelles (duché de Brabant). Le prévôt de la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles aurait possédé une seigneurie et des terres à Samme, dont faisait partie la tour d’Asquempont. Érigée au XIIe siècle, elle s’intégrait alors dans le système de protection créé par le duc de Brabant pour s’opposer aux incursions hennuyères. Située dans une boucle de la rivière, la tour commandait le passage d’un gué et se présentait, à l’origine, sous la forme d’un donjon-porche qui s’ouvrait vers une cour fermée. De l’ensemble ne subsistent actuellement que la tour et un appentis perpendiculaire des XVe et XVIe siècles. Le site a fait l’objet d’une restauration au XVIIe siècle par François Dandel, prévôt de Nivelles, comme l’atteste une inscription millésimée 1632 présente sur une des poutres du plafond du corps de logis de l’ancienne ferme. La tour est classée comme monument depuis le 4 juillet 1983.

Lire aussi >21 promenades en boucle dans le Brabant Wallon

 

Maison la Tourette. ©Vincent Rocher

La chapelle de verre. Hameau d’Ittre, Fauquez est connu pour ses anciennes verreries, autrefois réputées mais aujourd’hui disparues, qui étaient situées à cheval sur la commune hennuyère de Braine-le-Comte. Sauvegardée grâce à une initiative privée, la chapelle Sainte-Lutgarde fut construite en 1930 sous l’impulsion d’Arthur Brancart, alors patron des verreries de Fauquez. Étonnante à plus d’un titre, elle fut édifiée pour servir autant de lieu de culte et de rencontres pour les ouvriers de la verrerie que de salle d’exposition des produits de l’entreprise. Le sanctuaire est en effet construit à partir de matériaux presque exclusivement industriels : ciment sur armature métallique, marbrite colorée et zinc. Il est composé d’une nef de quatre travées flanquée de bas-côtés et terminée par un chevet semi-circulaire. Fermée au culte en 1979, la chapelle fut abandonnée et vandalisée. Elle fut rachetée en 1990 par un particulier qui la restaura avec les matériaux d’origine et suivant les techniques d’époque. La chapelle de verre est devenue d’une part son habitation et sert, d’autre part, de salle d’expositions et de spectacles.

 

La chapelle de verre. ©Vincent Rocher

LA FORGE-MUSEE, UN LIEU INSOLITE

Non loin de la Grand-Place d’Ittre, à deux pas de l’église Saint-Rémy, se situe une ancienne forge, datée de 1701 par une inscription mais qui a été fortement restaurée par la suite. Il s’agit d’une petite bâtisse devenue un musée en 1958. Plus tard, en 1999, la forge a été remise en activité grâce à des étudiants en maréchalerie qui voulaient se faire la main.

L’espace est dénommé Forge-Musée et non musée de la forge car il s’agit bien d’une forge qui fut active jusqu’en 1957, et qui possède la particularité d’avoir gardé intact le matériel utilisé par le dernier forgeron. Mais elle est bien plus que ça ! Savez-vous que l’on pouvait s’y marier ? L’histoire raconte en effet que dans la petite bourgade écossaise de Gretna-Green, les jeunes gens n’ayant pas reçu le consentement de leurs parents pour convoler en justes noces venaient se marier jadis devant un juge de paix compréhensif, forgeron à ses heures. Il n’était pas rare de voir débarquer dans la petite localité frontalière de jeunes couples venus sceller leur union en secret ! La cérémonie se déroulait dans la forge, devenue « forge matrimoniale ». C’est en s’inspirant de cette coutume que le forgeron d’Ittre marie ceux qui le veulent.

Les futurs époux sont accueillis avec tout le cérémonial : tapis rouge, musique d’ambiance, allocution de circonstance, fer à cheval, alliance forgée, foyer qui rougit… Tels sont quelques éléments marquants et inoubliables de cette cérémonie simple et conviviale à laquelle assistent, bien entendu, tous ceux qui le souhaitent : parents, famille, amis des jeunes et moins jeunes époux.

Lire aussi >Les moulins d’Arenberg, curiosité incontournable du Brabant wallon

 

Ittre – Centre village – Musée forge. ©Vincent Rocher

INFOS
Forge-Musée, rue Basse 11 à 1460 Ittre. Informations via l’office du tourisme.

EN PROMENADE DANS LA COMMUNE
L’office du tourisme d’Ittre vous propose une foule d’activités, parmi lesquelles des circuits en VTT ou à cheval. Il faut dire que les villages possèdent de nombreux sentiers et petits chemins propices à la flânerie. Récemment, six nouvelle promenades pédestres balisées ont été conçues, quatre au départ d’Ittre et deux depuis Virginal-Samme. D’une longueur de 4 à 10 km, elles sont présentées dans des brochures.

INFOS
Office du tourisme, Grand-Place 2 à 1460 Ittre
+32 (0)67 64 87 74 – tourisme@ittre.be
Une permanence est organisée du mercredi au dimanche de 10 h à 14 h.

 

L’ancien château d’Ittre abrite aujourd’hui le syndicat d’initiative ©Vincent Rocher

 

CIM Internet