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Trésors wallons : Neufchâteau, escapade entre ville et villages

Le palais de justice de Neufchâteau.

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Accessible par l’autoroute E411/E25, dont l’échangeur se trouve sur son territoire, et située le long de la ligne de chemin de fer reliant Bruxelles à Luxembourg, cette commune est toutefois implantée en pleine nature.

 

Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant et Maxime Brygo

Situé au cœur de l’Ardenne, au centre de la province du Luxembourg, Neufchâteau oscille entre ville et villages. Depuis la fusion de 1977, le lieu se compose, en plus de la ville de Neufchâteau, de cinq anciennes communes et de leurs multiples hameaux : Grandvoir, Grapfontaine (Harfontaine, Hosseuse, Montplainchamps, Nolinfaing et Warminfontaine), Hamipré (Marbay, Namoussart et Offaing), Longlier (Gérimont, Lahérie, Massul, Molinfaing, Morival, Respelt, Semel et Tronquoy) et Tournay (Petitvoir et Verlaine), auxquels il faut ajouter les hameaux de Cousteumont et Sart qui, avant la fusion, faisaient partie de l’ancienne commune d’Assenois (Léglise).

La ville de Neufchâteau est née d’une très ancienne seigneurie ayant appartenu aux Mellier, aux Looz, aux La Marck, aux Arenberg, aux Löwenstein et aux Stolberg, de puissants propriétaires terriens dans nos régions sous l’Ancien Régime. Elle s’étend, surtout depuis les XVIIe et XVIIIe siècles, au départ de deux entités : l’ancien château fort médiéval et le bourg fortifié. De la première entité subsistent quelques vestiges parmi lesquels la tour Griffon, située non loin de l’église Saint-Michel. L’organisation des rues et des ruelles du centre est l’héritière de la seconde, mais les murs d’enceinte et les trois portes d’entrées de la ville ont disparu. Outre les restes de l’enceinte et d’autres bâtiments parmi lesquels ceux de la tour Carrée, la tour Griffon est le témoin le plus marquant de l’ancienne forteresse chestrolaise.

 

L’hôtel de ville de Neufchâteau.©Guy Focant et Maxime Brygo

Ponctuant l’angle sud-ouest de la basse-cour, cette haute tourelle cylindrique est large de seulement six mètres de diamètre. Elle a été érigée au Bas Moyen Âge en moellons de schiste, pierre traditionnelle de l’Ardenne. On y retrouve un niveau d’occupation percé de meurtrières ainsi qu’une oubliette. L’ensemble est coiffé d’une petite toiture octogonale de construction plus tardive. La tour est classée comme monument depuis 1952.

Un héritage néoclassique. La ville de Neufchâteau, chef-lieu de canton, a connu un second souffle après la Révolution belge et a été dotée, dans la seconde moitié du XIXe siècle, d’une série d’édifices officiels qui lui donnent aujourd’hui un visage néoclassique. Terminé en 1886, le palais de justice abrite le tribunal de première instance. Il a été érigé par l’architecte provincial Jean-Louis Van de Wyngaert en style éclectique fortement teinté de Renaissance.

Ce bâtiment cubique de deux niveaux en pierre de France et enduit beige se dresse sur un haut soubassement calcaire. Plus loin, la prison – autrefois dénommée maison d’arrêt, comme l’indique l’inscription en façade – a été bâtie en 1872 en style éclectique. Plus loin, sur la Grand-Place, érigé de 1853 à 1858, l’hôtel de ville est caractéristique de l’architecture néoclassique. Datant de la même époque, l’athénée royal a conservé un volume néoclassique de 1858, malgré un important agrandissement en 1936.

Un patrimoine rural. Parmi les quatre monuments classés de la commune, trois sont caractéristiques de l’architecture rurale traditionnelle de l’Ardenne. On y trouve deux fermes, situées dans les hameaux de Respelt et Lahérie et toutes deux classées le 6 février 1970. Celles-ci constituent des témoins de la vie rurale dans nos régions. L’architecture paysanne y est typique. Les exploitations agricoles se présentent sous la forme de maisons-blocs tricellulaires réunissant sous un même toit un corps de logis, une étable et une grange. En effet, ces bâtiments rassemblaient habituellement les gens, les bêtes et les récoltes, à la différence des imposantes fermes du Brabant ou de Hesbaye.

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©Guy Focant et Maxime Brygo

Édifice public né dans nos régions au XIXe siècle, le lavoir doit répondre à certains besoins. Typiquement rural, il est l’endroit où l’on vient laver exclusivement son linge. Lieu de rendez-vous des lavandières, il participe à la vie courante de la communauté paysanne et occupe une place importante au sein du village. Beaucoup n’ont malheureusement pas survécu à l’invention des machines électriques et ceux qui restent ne sont plus aujourd’hui que les témoins d’une époque révolue. L’ancien lavoir de Tronquoy, classé en 1981, est un des rares exemples wallons ayant fait l’objet d’une mesure de classement au titre de monument. Il a été construit à la fin du XIXe siècle, ou peut-être au début du XXe siècle.

Le patrimoine religieux. Chaque village et hameau possède une église ou une chapelle. On en trouve dès lors une quantité impressionnante dans la commune. Au centre de la ville, l’église Saint-Michel de Neufchâteau a été élevée en style néoclassique entre 1842 et 1844. Elle compte trois nefs de cinq travées et un chœur à abside semi-circulaire. À Longlier, l’église Saint-Étienne est l’héritière de multiples campagnes d’édification entreprises de 1608 à 1912.

 

©Guy Focant et Maxime Brygo

L’église de la Visitation de Notre-Dame, qui desservait autrefois le couvent des récollets voisin, a été reconstruite en 1721. Elle se situe dans le village de Hamipré. Unique dans la région, le portail a été conservé lors de la reconstruction de l’église. À Tronquoy, la chapelle Notre-Dame de Bon Secours ne manque pas de charme. Située au carrefour des chemins, cette haute et étroite chapelle octogonale blanchie fut érigée en 1887. L’église du hameau, dédiée à saint Raymond, a été construite en style néoclassique en 1857, mais abrite du mobilier du XVIIIe siècle.

Bien d’autres sanctuaires de la commune ont été érigés au XIXe siècle, en style néoclassique ou néogothique, en remplacement d’édifices plus anciens, devenus vétustes ou trop petits pour accueillir la population.

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LA PIERRE SECHE, SYMBOLE DE L’ARDENNE

©Guy Focant et Maxime Brygo

Éparpillés au gré des rues et venelles ardennaises, quelques murs en pierres sèches semblent encore défier le temps. À Neufchâteau, ils sont en schiste ardoisier, pierre locale par excellence, qui était extraite des ardoisières de Warmifontaine. Ces témoins ostensibles d’un savoir-faire traditionnel nous rappellent le dur labeur des hommes qui ont bâti ces ouvrages.

Fonctionnels avant d’être esthétiques, les murs en pierres sèches – moellons, blocs et dalles assemblés sans aucun mortier – sont des réponses techniques pour s’adapter à un territoire et en apprivoiser le relief : ils délimitent les propriétés et soutiennent les terres pour créer des terrasses de culture ou aménager les chemins.

Intimement liés aux pratiques agricoles d’antan, ils sont des éléments structurants du paysage et du patrimoine rural qu’il est essentiel de préserver et de valoriser. Depuis le 25 mai 2021, l’art de la construction en pierre sèche est reconnue comme chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

LE DEVOIR DE MEMOIRE

Le 22 août 1914, la région de Neufchâteau est le théâtre de violents combats entre la 5e brigade indépendante du Corps colonial français et la 21e division de réserve allemande, bientôt rejointe par la 25e division. Le combat étant inégal, l’armée française est forcée de se replier vers la frontière, non sans laisser derrière elle plus de 300 victimes. Ces coloniaux reposent dans deux cimetières militaires. Aujourd’hui désaffecté, celui de Nolinfaing, implanté au centre d’un sous-bois, n’en dégage pas moins une certaine émotion. À l’origine, 228 Français et 49 Allemands tombés le 22 août y étaient ensevelis. Créé pendant la guerre, il fut désaffecté dès 1923 et les tombes furent transférées à Malome.

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©Guy Focant et Maxime Brygo

Aujourd’hui, seul subsiste un mur de schiste présentant à mi-hauteur un appareillage en arêtes de poisson et délimitant une surface surélevée ceinturée d’arbres. Au centre se trouve un petit édicule hexagonal, réalisé également en schiste et surmonté d’une coupole d’où émerge une croix. Situé sur un terrain légèrement en pente, le cimetière militaire de Malome est accessible par un petit pavillon d’entrée construit en schiste. Les tombes allemandes y sont disposées en arc de cercle. Au sommet du site se trouvent des tombes françaises. Cette disposition, sur un terrain en pente divisé en deux secteurs, rappelle celle du cimetière militaire mixte de Baranzy (Musson), où une autre bataille sanglante eut lieu le 22 août 1914.

Dans ces deux cimetières, les croix adoptent des configurations différentes : de modestes stèles trapues de pierre bleue en forme de croix pour les Allemands, et des croix blanches pour les Français. On y trouve également de petits ossuaires allemands et de nombreuses croix françaises évoquant le souvenir de soldats tombés au cours des combats menés à Longlier (20 août) et de la bataille de Nevraumont (22 août).

 

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