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La cathédrale de Liège : un bijou d’architecture au coeur de la cité ardente

Le cloître, l’une des beautés majestueuses du site. | © Guy Focant

Voyages

Du chœur au cloître, la cathédrale Saint-Paul de Liège offre une visite dans plus de dix siècles d’histoire et de patrimoine religieux et artistique.

 

Par Florence Pirard / Photos Guy Focant

L’église Saint-Paul, fondée vers 965, est d’abord une collégiale implantée dans une cité en développement. Au début du XIXe siècle, elle succède à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, détruite à la Révolution, et – après avoir été transformée en abattoir et en boucherie – devient la cathédrale de Liège. Héritière de Notre-Dame-et-Saint-Lambert, Saint-Paul le fut assurément. Dès janvier 1804, le trésor de l’ancienne cathédrale (les reliques des saints liégeois et notamment le buste-reliquaire de saint Lambert), parti en exil au moment de la Révolution, fut ramené à Liège.

Une grande cérémonie rassembla les prêtres du diocèse autour de la translation des reliques vers la nouvelle cathédrale. À partir de 1811, un clocher à l’image exacte de celui de Saint-Lambert, couronné par une haute flèche octogonale et quatre clochetons, fut ajouté à la tour de Saint-Paul. On y logea, en plus des cloches existantes, le carillon de la cathédrale disparue, composé de trente-cinq cloches. La nouvelle cathédrale devait donc affirmer la pérennité de la cathédrale Saint-Lambert.

La cathédrale Saint-Paul est un très bel exemple de style gothique mosan primaire. C’est entre 1230 et 1240 que l’église romane commence à se métamorphoser. Une deuxième campagne (achevée vers 1290-1300), puis une troisième (1309-1330) permettent la construction des cinq travées occidentales de la nef. Progressivement, des chapelles s’installent dans les nefs latérales. La reconstruction de la tour est entreprise vers 1390 pour s’achever vers 1430. Au siècle suivant, le plafond plat de l’église est remplacé par une voûte.

 

 Le clocher de la cathédrale, vu depuis la place Saint-Paul. ©Guy Focant

Les clés de voûte sont ponctuées de visages d’hommes barbus à l’ouest, d’une effigie de saint Paul au centre et des millésimes 1528, 1529, 1557 et 1579. La cathédrale Saint-Paul de Liège possède un très beau cloître gothique, dont le plan entoure un charmant jardin. Il est accessible par quatre entrées : deux d’entre elles donnent dans la cathédrale, les deux dernières s’ouvrent sur les rues jouxtant l’édifice.

Les restaurations des XIXe, XXe et XXIe siècles. Une importante campagne de restauration a lieu au milieu du XIXe siècle. Elle doit remédier aux dommages de l’époque révolutionnaire, mais aussi permettre à Saint-Paul de répondre à ses nouvelles fonctions de cathédrale. Vers 1850, la restauration est confiée à Jean-Charles Delsaux (1821-1893). Celui-ci veut à la fois conserver, mais également embellir, voire parachever l’œuvre du passé. Convaincu que le projet médiéval est de bâtir une église harmonieusement homogène, Delsaux uniformise le style, parfois à l’extrême.

La restauration de la façade sud, par contre, est assurée en 1875 par Eugène Halkin, qui préfère conserver sa sobriété d’origine. La comparaison des deux façades de l’édifice permet ainsi de mesurer les différences de perception de ces deux architectes restaurateurs. Le cloître est quant à lui rénové par Fernand Lohest au début du XXe siècle. Quelques travaux sont encore réalisés entre 1967 et 1974, à la suite des dégâts causés par une bombe durant la Seconde Guerre mondiale.

 

La nef, la chaire de vérité et le chœur de la cathédrale. ©Guy Focant

Mais au début du XXIe siècle, une restauration de grande ampleur est nécessaire. Les travaux débutent en mai 2016 et s’achèvent en juillet 2021. Ce chantier mobilise de multiples compétences : travail des charpentes, couvertures, taille de la pierre, sculptures… Aujourd’hui, la cathédrale a retrouvé tout son éclat. C’est la concrétisation de quatre années d’études et de cinq ans de travaux. Conduit sous la maîtrise d’ouvrage de la fabrique de la cathédrale Saint-Paul, assistée par l’Agence wallonne du patrimoine, le chantier a bénéficié d’un accord-cadre octroyé par la Wallonie.

Grâce au mécénat de l’abbé Michel Teheux et de sa sœur, et pour marquer la fin officielle des travaux de restauration (16 septembre 2021), un nouveau portail, du côté de la place, a été créé par l’artiste belge Jacques Dieudonné. Il allie une double porte en laiton doré et patiné de 500 kg et un vitrail en tonalités or.

Les œuvres de la cathédrale. La cathédrale Saint-Paul abrite une impressionnante collection de peintures, de sculptures, de pièces d’orfèvrerie et d’ébénisterie et de vitraux. Le style renaissant au XVIe siècle et plus encore l’art baroque, lié à la Contre-­Réforme catholique au XVIIe siècle, ont imposé leur marque à la production artistique. Les maîtres italiens ont ainsi largement influencé, durant deux siècles, les commandes et productions, même si des influences anversoises se perçoivent chez certains artistes.

 

Détail du vitrail du Couronnement de la Vierge : Léon d’Oultres, le donateur du vitrail, est agenouillé devant saint Lambert. ©Guy Focant

Un autre moment d’affirmation artistique est décelable au XIXe siècle, lorsque l’église Saint-Paul est élevée au rang de cathédrale. Les collections s’enrichissent alors considérablement, puisque Saint-Paul devient dépositaire des œuvres d’art de l’ancienne cathédrale, mais aussi d’autres églises disparues. Certaines de ces pièces ont trouvé place dans la cathédrale, les autres sont aujourd’hui exposées dans le trésor.

Les vitraux. Depuis l’entrée du chœur, le visiteur peut observer les principales verrières de Saint-Paul. Particulièrement riche, la collection s’échelonne sur près de cinq siècles. Dans le transept sud, on peut admirer le vitrail du Couronnement de la Vierge (1530), dont la restauration, commencée en 1999, s’est achevée en 2015. Deux autres avaient déjà eu lieu, en 1809 et 1877, cette dernière sous la direction du maître verrier d’Osterrath, qui ajouta des anges aux scènes initiales.

Ce vitrail, l’un des plus remarquables du renouveau artistique du XVIe siècle conservé à Liège, s’inscrit dans le courant de la Renaissance, même si certaines parties sont encore imprégnées d’esprit gothique. L’œuvre témoigne d’une grande maîtrise et sa composition est harmonieuse et équilibrée. Le donateur, agenouillé devant saint Lambert dans la scène inférieure, est Léon d’Oultres, à la fois chanoine de la cathédrale Saint-Lambert et prévôt de la collégiale Saint-Paul, ce qui explique probablement le choix de représenter conjointement saint Paul et Notre-Dame sur le vitrail. Nommé deux fois recteur de l’Université de Louvain, il devint également chancelier du prince-évêque.

Audacieuses et contemporaines, cinq hautes verrières ont été placées dans les chapelles de Saint-Lambert et de Saint-Joseph en 2013. Elles furent réalisées à Chartres par le père dominicain Kim En Joong, qui a peint directement sur le verre. Cet artiste s’était déjà illustré dans des réalisations destinées aux cathédrales de Chartres et d’Evry ou de Saint-Patrick à Dublin. L’année suivante, en 2014, ce sont les baies hautes de la nef qui ont reçu quatorze verrières, également réalisées à Chartres. L’artiste Gottfried Honegger y insiste sur la géométrie du monde. Du côté sud, on suit une succession de cercles en construction et, du côté nord, des triangles s’inscrivent dans des cercles. Le visiteur y trouvera art, géométrie, théologie, mais aussi poésie grâce aux très chaleureuses touches de luminosité apportées par ces verrières.

 

La cathédrale abrite de très nombreuses œuvres d’art. ©Guy Focant

La chaire de vérité. Au milieu de la nef, c’est une des pièces les plus imposantes des apports du XIXe siècle. Réalisée par les sculpteurs anversois Guillaume et Joseph Geefs en 1843, elle est sculptée dans le chêne et impressionne par ses dimensions et son esthétique néogothique flamboyante. Six statues en marbre de Carrare (de 1,80 m de hauteur) ornent sa base. À l’avant, les patrons de la cité, saint Lambert et saint Hubert, aux côtés des saints Paul et Pierre, entourent une allégorie de la Religion. Celle-ci, sous les traits d’une femme couronnée au regard posé, foule au pied un dragon et fait de la croix son sceptre.

L’ensemble de la composition voulait symboliser le triomphe de l’Évangile sur le Mal. À cet effet, une sixième et dernière statue répond à celle de la Religion à l’arrière de la chaire : celle du génie du Mal. Satan, déchu et enchaîné, le visage crispé et rageur, serre son sceptre brisé et sa couronne perdue. L’esthétique de ces statues les rattache au courant néoclassique, mais cette volonté de rendre la figure du démon attirante, de souligner la beauté du Diable, imprime à la chaire de vérité un souffle résolument romantique.

Une première statue, due au ciseau de Joseph Geefs, fut d’abord refusée. La beauté des traits de Satan avait suscité trop de critiques et l’évêque de l’époque, Mgr Van ­Bommel, préféra la faire retirer et demanda à ­Guillaume Geefs d’en sculpter un second. Cette première sculpture fut acquise par le roi Guillaume II des Pays-Bas et se trouve actuellement aux Musées royaux des beaux-Arts de Belgique. ­

 

La châsse de Saint-Lambert. ©Guy Focant

ORGANISEZ VOTRE VISITE

La cathédrale de Liège est accessible gratuitement tous les jours de 8 h à 17 h.
Des offices sont célébrés chaque jour (8 h 30, 9 h et 16 h 30) et le dimanche à 10 h et 16 h 30.

INFOS

Cathédrale de Liège
Place de la Cathédrale, 4000 Liège
+32 (0)4 232 61 31
www.cathedraledeliege.be

LE TRESOR DE LA CATHEDRALE

La visite de la cathédrale ne peut se concevoir sans la visite du trésor, indispensable complément à la découverte de l’art et de l’histoire de l’ancienne principauté de Liège. Parfaitement rénové et inséré dans les annexes claustrales, il propose un parcours unique présentant 200 œuvres, réparties sur trois niveaux autour de chefs-d’œuvre reconnus internationalement : le buste-reliquaire de saint Lambert, le reliquaire de Charles le Téméraire, l’ivoire des Trois Résurrections ou encore la chasuble de David de Bourgogne.

« Le Génie du Mal », détail de la chaire de vérité. ©Guy FocantINFOS

Le trésor de la cathédrale est ouvert du mardi au samedi de 10 h à 17 h, le dimanche de 13 h à 17 h.
La visite donne droit à l’entrée gratuite à l’Archéoforum pendant une semaine. Tarifs : adulte, 8 € ; seniors, étudiants, 7 € ; famille, 17 € ; – 6 ans, gratuit. Visites guidées (groupes scolaires, groupes d’adultes) en français, anglais, néerlandais et allemand, sur réservation.
Trésor de Liège
Rue Bonne Fortune 6 à 4000 Liège
+32 (0)4 232 61 32
www.tresordeliege.be
info@tresordeliege.be

L’ARCHEOFORUM, SITE DE L’ANCIENNE CATHEDRALE SAINT-LAMBERT

À la fin du VIIe siècle, le site de l’actuelle place Saint-Lambert est occupé par la maison de campagne où l’évêque de Tongres-Maastricht, Lambert, fut assassiné vers l’an 700. Celle-ci succède à un vaste ensemble architectural d’origine romaine, lui-même installé sur un site où la présence humaine est attestée depuis 9 000 ans. Sur les lieux du meurtre, le successeur de Lambert, l’évêque Hubert († 727), fait ériger une église – un « martyrium » – où il place les reliques de son prédécesseur.

La naissance d’un culte voué au défunt évêque fait de Liège une ville de pèlerinage, qui se mue rapidement en une importante agglomération. Vers 800, la ville devient la résidence principale des évêques de Tongres-Maastricht. L’église connaît plusieurs phases d’aménagement au cours des siècles. La cathédrale de Notger († 1008), de style ottonien, est incendiée en 1185. Lui succède l’immense cathédrale gothique que l’on connaissait encore à la fin de l’Ancien Régime, avant sa démolition sous les coups de la Révolution. En définitive, il faut attendre 1829 pour qu’à l’emplacement de la cathédrale, la place née de la destruction de celle-ci prenne le nom du saint martyr. Ouvert au public en 2003 et géré par l’Agence wallonne du patrimoine, l’Archéoforum propose un voyage de la Préhistoire aux périodes les plus récentes de la formidable histoire de Liège, illustré par des vestiges archéologiques, tant mobiliers qu’immobiliers, présentés dans une scénographie contemporaine.

INFOS
L’Archéoforum est accessible du mardi au vendredi de 9 h à 17 h (10 h à 17 h pendant les congés scolaires) et le samedi de 10 h à 17 h. Fermé le dimanche à l’exception du premier dimanche du mois, où le musée est accessible gratuitement de 13 h à 17 h.
Archéoforum
Place Saint-Lambert, 4000 Liège
+32 (0)4 250 93 70 – infarcheo@awap.be
www.archeoforumdeliege.be

 

Les peintures murales d’Adolphe Tassin représentant les saints du diocèse. ©Guy Focant
CIM Internet