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La Hulpe : la pépite du Brabant wallon

Une vue aérienne du château de La Hulpe. | © Guy Focant

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Vous connaissez peut-être le domaine Solvay, qui fait la renommée de la commune, mais celle-ci a bien d’autres atouts.


Par Florence Pirard / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

À tout seigneur, tout honneur… et un peu d’histoire, pour commencer. Le vaste domaine Solvay tire son origine du démembrement du patrimoine foncier de la Société générale des Pays-Bas afin de favoriser l’Industrie nationale, fondée par le roi Guillaume Ier en 1822. Pour accroître sa puissance financière, elle vend ses propriétés, qui représentent la plus grande part de la forêt de Soignes. Le comte Maximilien de Béthune Hesdigneul acquiert ainsi le domaine de La Hulpe, soit environ 340 ha.

D’importants travaux de coupe et de défrichage sont mis en œuvre avant la construction d’un premier château, d’après les plans de l’architecte parisien Jean-Jacques Harveuf-Fransquin (1802-1876). La surveillance de l’ouvrage est confiée à l’architecte belge François Coppens (1799-1873). Cet édifice en briques rouges s’élève au sommet d’une colline, en surplomb du lac actuel alimenté par l’Argentine, le ruisseau qui longe La Hulpe. Il présente quatre tours doublées de tourelles et est flanqué de plusieurs annexes et dépendances.

Le domaine est vendu en 1871 à la baronne de Roest d’Alkemade. Après le décès de celle-ci, la demeure et le parc deviennent, en 1893, la propriété de l’industriel carolorégien Ernest Solvay (1838-1922).

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Le parc du château. ©Guy Focant

En 1922, à son décès, ses biens sont partagés entre ses deux fils. Le château est modifié et simplifié entre 1929 et 1932 : agrandissement du volume, disparition des tourelles et de la verrière dessinée par Horta qui ornait la façade principale. Les briques sont couvertes d’un cimentage imitant la pierre de France et la décoration intérieure est revue par des artisans parisiens. En 1935, un jardin à la française est dessiné dans le prolongement de la terrasse sud.

Entre les années 1955 et 1970, Ernest-John Solvay effectue de grands aménagements dans le parc. Au fil des décennies, la famille y a aussi introduit de nombreux arbres et arbustes exotiques. Disposée en promenades ouvrant sur des perspectives, cette suite de massifs avait ainsi transformé la forêt de Soignes primitive en un espace d’agrément.

À sa mort, Ernest-John Solvay décide de léguer sa propriété à l’État belge, afin d’éviter son morcellement, et de l’ouvrir au public. Le parc est classé en 1973 et rendu librement accessible en 1975. Le domaine Solvay offre à la curiosité de tous un environnement de grande qualité et d’inépuisables richesses botaniques et faunistiques. La ferme du domaine abrite la Fondation Folon, qui présente en permanence plus de quarante ans de création du peintre et sculpteur belge, dans une scénographie originale imaginée par l’artiste.

 

La Fondation Folon. ©Guy Focant

L’exceptionnel site classé du domaine Solvay a conservé une pompe à bras due à Victor Horta. Célèbre architecte né à Gand en 1861 et décédé à Bruxelles en 1947, il est le chef de fil incontesté de l’architecture Art nouveau en Belgique. Parmi ses premières réalisations se trouve notamment la transformation intérieure du château de La Hulpe, à la demande d’Ernest Solvay, puissant industriel et ami proche de l’architecte.

Il est toutefois plus connu pour ses nombreux hôtels de maître ou grands magasins, dont une majeure partie se trouve à Bruxelles. Les architectes de la vague Art nouveau étant des artistes multiples et complets, Horta a également dessiné du mobilier, destiné tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses réalisations. C’est le cas de ce rarissime exemple de pompe qui fut réellement réalisée. Coulée en fonte et installée en 1895, elle fut classée comme monument en 1990.

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D’AUTRES BEAUTÉS ATTIRENT LES PROMENEURS ET LES FÉRUS D’HISTOIRE

Le domaine de Nysdam. Classé en 1977 et inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel, il est le voisin de celui de Solvay et se situe sur la rive droite de l’Argentine. Bien plus ancien que ce dernier, le domaine de Nysdam est séparé de la forêt de Soignes dès la première moitié du XIVe siècle et transmis en 1335 à un fils naturel du duc de Brabant. Dès cette époque, des étangs sont aménagés au départ d’un marais et exploités, à partir de 1343, par le prieuré de Groenendael.

Plusieurs fois reconstruit, le logis médiéval, érigé au milieu d’un plan d’eau, a été successivement transformé en demeure de plaisance, puis rebâti en 1809 en bordure de ce plan d’eau avant d’être remplacé en 1875 par un château implanté sur le versant. Abandonné depuis les années 1960, le domaine s’est rapidement dégradé, tout comme le bâtiment. En 1989, 58 ha sont rachetés par une société pour établir des bureaux à l’emplacement du château, avec l’obligation de confier à un organisme de conservation de la nature la gestion de 45 ha du parc. Ainsi est créée la plus grande réserve naturelle du Brabant wallon.

L’ancien sanatorium des Pins, dit aussi clinique du docteur Derscheid et clinique de la Forêt de Soignes. Cet édifice est le premier sanatorium populaire privé, fondé en 1905 par le docteur Derscheid et l’Œuvre de la tuberculose. Au cœur de la forêt de Soignes, à la limite de Waterloo, des bâtiments dispersés s’égrènent depuis l’unique chemin d’accès actuel. À l’entrée à gauche, on trouve une petite conciergerie. À proximité, l’habitation du directeur.

 

Le sanatorium des Pins. ©Guy Focant

Un peu plus loin, l’imposant bâtiment appelé pavillon Laënnec et construit en 1905 par l’architecte Charles-Emmanuel Janlet qui, pour ce projet, a reçu en 1904 la médaille d’or de l’Exposition internationale d’Hygiène de Paris. Le volume principal compte quatre niveaux de plan rectangulaire aux angles coupés. Côté sud, une galerie haute autrefois couverte court sur toute la longueur de la façade avec, au centre, une pseudo-­rotonde, autrefois accessible par un ou deux escaliers. Plus à l’est, la chapelle jouxte la maison de l’aumônier. La chapelle Saint-Laurent est construite en 1913 à l’initiative du comte et de la comtesse Adrien de Ribaucourt. La maison de l’aumônier est reliée à la chapelle par une petite galerie basse couverte.

L’église Saint-Nicolas. Cette grosse église rurale en grès a été fondée au tournant des XIIe et XIIIe siècles par le duc Henri Ier de Brabant. Le puissant clocher carré à trois étages est flanqué d’une tourelle qui remonte au début du XIIIe siècle. Le haut rez-de-chaussée est voûté d’ogives et percé d’un portail de style Louis XV en pierre bleue, ajouté dans le troisième quart du XVIIIe siècle. Le vaisseau principal, de style gothique, est contemporain de l’édification de la tour.

Des collatéraux doubles de style néogothique ont été greffés à l’ensemble à l’occasion d’une restauration en 1910. Le chœur, gothique lui aussi, est plus tardif : édifié au XVIe siècle, il a été orné de vitraux par Jean-Baptiste Capronnier en 1868. Coincée sur une place communale non extensible, l’église a été agrandie à plusieurs reprises et possède ainsi l’originalité d’être plus large que longue, si l’on fait abstraction du chœur. Elle est également l’édifice le plus ancien de la commune.

 

L’intérieur de l’église.  ©Guy Focant

Elle a conservé un beau mobilier, dont une superbe chaire de vérité réalisée par le sculpteur anversois Jacques de Braeckeleer en 1862. Non loin des fonts baptismaux se trouve la pierre tombale de Charles Bailly, secrétaire de Marie Stuart, reine d’Écosse. Il fut enfermé à la tour de Londres après l’abdication de la souveraine, puis libéré. De retour sur le continent, il se mit au service du roi d’Espagne et acquit des terres à La Hulpe, seigneurie dont son beau-fils était le chef-mayeur. L’édifice fut classé en 1936.

L’école provinciale d’horticulture. L’ancienne villa Friedrich est devenue l’école d’horticulture de la province du Brabant wallon, puis un institut provincial d’enseignement secondaire. Édifiée en contre-haut et en retrait de la rue, cette grande bâtisse fut construite vers 1904-1905 en style éclectique.

La façade principale est décorée de motifs géométriques en briques claires, contrastant à l’origine avec les briques rouges. L’établissement scolaire ouvre régulièrement ses jardins au public, lui donnant ainsi l’occasion d’admirer ses cultures en pleine terre et sous serres. La propriété est agrémentée de plusieurs sculptures dont un Galilée en marbre de Carrare, œuvre de Jef Lambeaux, offert à l’école en 1948. La stèle à la mémoire de l’écrivain Camille Lemonnier, exécutée par Dolf Ledel, a été inaugurée en 1924. L’écrivain vécut onze années dans cette propriété avant qu’elle soit transformée en école.

Ecole Provinciale d’Horticulture et ses jardins. ©Guy Focant

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