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Patrimoine exceptionnel de Wallonie : voici les douze biens ajoutés à la liste prestigieuse

Cette reconnaissance leur vaut de pouvoir bénéficier de subsides plus importants et, dans certains cas, d’accords-cadres permettant d’étaler les travaux sur plusieurs années. | © Vincent Rocher et Guy Focant

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Ces douze biens témoignent de la richesse historique et de la beauté de la région.


Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

La Wallonie compte près de 4 000 monuments et sites protégés par une mesure de classement. Parmi ceux-ci, 230 se trouvent actuellement sur la liste du patrimoine exceptionnel en raison de leur caractère éminent au sein de leur typologie ainsi que de qualités particulièrement remarquables.

Cette reconnaissance leur vaut de pouvoir bénéficier de subsides plus importants et, dans certains cas, d’accords-cadres permettant d’étaler les travaux sur plusieurs années. Le but est également de définir une hiérarchie de classement afin d’éviter la concurrence dans la restauration de biens de valeurs tout à fait inégales.

La sélection de biens de caractère exceptionnel a été établie pour la première fois en 1993 et comptait à l’époque 122 monuments et sites. Elle a depuis été revue régulièrement par le gouvernement wallon, sur les conseils de la Commission royale des monuments, sites et fouilles et en collaboration avec l’Agence wallonne du patrimoine.

Sur cette liste se trouvent des lieux incontournables, souvent connus à l’international, dont bien entendu tous les sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco : les quatre sites miniers majeurs (Bois-du-Luc, Bois du Cazier, Grand-Hornu et Blegny-Mine), les ascenseurs hydrauliques du canal de Centre, la forêt de Soignes, les beffrois wallons (Mons, Tournai, Charleroi, Thuin, Binche, Namur et Gembloux), la cathédrale de Tournai, les anciens thermes de Spa et les minières néolithiques de Spiennes.

Elle comprend aussi plusieurs édifices religieux majeurs : Sainte-Gertrude de Nivelles, Sainte-Waudru de Mons, Saint-Jacques à Liège, Saint-Martin à Arlon ou Notre-Dame de Dinant. Y figurent également des châteaux (Bois-Seigneur-Isaac, Beloeil, Jehay, Bouillon ou Freÿr), mais aussi des sites naturels ou historiques (le champ de bataille de Waterloo, le parc de Mariemont, la boucle de l’Ourthe à Esneux, le tombeau du Géant à Botassart ou encore la grotte de Spy).

La liste est donc riche et fournie. Traditionnellement revue tous les trois ans depuis 1993, elle n’avait cependant plus été actualisée depuis 2016. Au printemps dernier, le 12 mai 2022, le gouvernement wallon a arrêté une nouvelle liste du patrimoine exceptionnel en y ajoutant douze biens. Voici les nouveaux venus sur la liste.

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Les tours Jupiter et Neptune à Arlon. Datées de l’époque gallo-romaine, ces deux tours sont d’importants vestiges du système défensif de la ville sous l’Antiquité. Bâties au tournant des IIIe et IVe siècles de notre ère, elles ont été découvertes à des époques différentes : cachée sous la Grand-Place, la tour Neptune a été mise au jour en 1948 tandis que la tour Jupiter, située non loin de là, a été explorée par les archéologues en 2009. Elles ont toutes deux été nommées en lien avec la découverte, dans leurs fondations, de bas-reliefs de remploi figurant ces dieux du panthéon romain. Les tours sont aujourd’hui mises en valeur et peuvent être admirées de tous.

 

Tour Neptune. @Vincent Rocher

L’église Notre-Dame du Travail à Bray (Binche). Ce sanctuaire érigé en 1932, selon les plans de l’architecte Henri Balthazar, au cœur d’une cité ouvrière, est aujourd’hui le témoin d’une architecture à la fois religieuse mais aussi sociale, industrielle et moderne. D’une remarquable homogénéité, cet édifice est également l’une des premières églises construites en béton dans notre pays. Les façades sont décorées de sculptures réalisées par Joseph Gillain, peintre, graveur, orfèvre et dinandier, qui connut également un grand succès en tant qu’auteur de bande dessinée sous le pseudonyme de Jijé. L’église se caractérise par son imposant campanile polygonal formant une croix, situé à l’angle du sanctuaire. À l’intérieur, bon nombre de détails Art déco ajoutent une touche supplémentaire à l’atmosphère imposante des lieux : chandelier en laiton, tabernacles, grilles et vitraux.

 

©Guy Focant

Le pilori de Braine-le-Château. Il servait autrefois à exposer les condamnés en public. Sous l’Ancien Régime, il s’agissait d’une peine infamante, plus grave que le blâme et l’amende honorable. Ériger un pilori était un droit qui permettait au seigneur de signifier qu’il régentait la justice sur ce territoire. Comme l’indique une inscription présente à la base de la lanterne, ce monument a été édifié par Maximilien de Hornes en 1521. Situé sur la Grand-Place, le pilori est proche des autres édifices liés au pouvoir seigneurial que sont la maison du bailli et le château. Il est exceptionnel et constitue le seul témoin de pilori à lanterne conservé dans le nord-ouest de l’Europe.

 

©Guy Focant

Les trois vitraux du hall d’honneur de l’Université du Travail à Charleroi. Bastion de l’instruction ouvrière, l’Université du Travail illustre le rayonnement industriel de la région de Charleroi à l’aube du XXe siècle. Elle incarne le message politique des forces naissantes, le face-à-face de la classe ouvrière et de la bourgeoisie. Inaugurée en grande pompe le 28 mai 1911, il s’agit d’une institution unique d’enseignement technique et d’éducation économique ayant pour but la formation des apprentis, des ouvriers et des employés. Le travail de construction fut confié aux architectes Albert et Alexis Dumont. Le grand vestibule du bâtiment Gramme, construit en pierre blanche et briques jaunes, est caractérisé par son décor grandiose et raffiné : orné de lustres tandis que son pavement est couvert de mosaïques, il est éclairé par trois grandes verrières ornées de superbes vitraux Art nouveau représentant le fer, le verre et le charbon, trois piliers de l’industrie régionale. Ceux-ci ont été réalisés par les ateliers d’art bruxellois Wybo.

 

©Guy Focant

Les deux tumuli de Bonlez (Chaumont-Gistoux). Histoire et nature sont intimement mêlées en Hesbaye, région qui compte également un grand nombre de tumuli. Ces tombes gallo-romaines formant des tertres qui depuis des siècles constituent des repères dans le paysage et nous donnent bien des renseignements sur notre passé. Le site des deux tumuli de Bonlez fait partie des nombreuses tombelles protohistoriques conservées dans la région de la Haute Dyle. À la fois un des plus anciens et des plus imposants en termes de volume, c’en est aussi un des exemples les mieux conservés et les plus spectaculaires en Wallonie.

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Le buffet de l’orgue de l’église Saint-Mathias de Flémalle. L’église Saint-Mathias est un important édifice de briques et de calcaire édifié entre 1714 et 1908. Le sanctuaire abrite quelques belles œuvres d’art, principalement du XVIIIe siècle (maître-autel, stalles…). La pièce maîtresse de l’église se situe en tribune, face au chœur, où très belles orgues de l’église sont installées dans un buffet en chêne daté de 1598. L’instrument date pour sa part de la fin du XVIIe siècle, voire du début du XVIIIe siècle ; remanié au XIXe siècle, il a été doté au XXe siècle d’une pédale à commande électrique. Acquis par la municipalité de Flémalle-Haute en 1810, cet orgue pourrait provenir de l’abbaye du Val-Saint-Lambert, supprimée après la Révolution, ou de celle du Val-Benoît à Sclessin, mais aucune source ne nous permet de connaître avec certitude sa provenance. Conservant donc quelques secrets, ce très bel instrument est aujourd’hui l’un des plus vieux de la province de Liège.

Les grottes de Goyet (Gesves). Situées sur le cours du ruisseau du Struviaux, plus précisément au confluent de celui-ci avec le Samson, lui-même affluent de la Meuse en rive droite, elles font partie des quelques sites européens ayant livré à la fois des fossiles de Néandertaliens et d’Homo sapiens. Creusées par les eaux dans la roche calcaire carbonifère au fil des millénaires, les grottes de Goyet ont sans doute quelques millions d’années. Les eaux d’infiltration ont créé des stalactites et stalagmites qui progressivement prirent des formes fantastiques. Lors de fouilles successives – la première ayant eu lieu en 1868 – furent découverts dans les cavernes des vestiges de grands mammifères préhistoriques. En 1999, un vaste réseau de galeries fut mis au jour.

 

©Guy Focant

Le château de Jodoigne-Souveraine. Dénommé également ancienne cense ou ancien hôtel de Glymes, du nom de la famille qui possédait sur le site un manoir maintes fois endommagé, le château de Jodoigne-Souveraine a été érigé dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. L’ensemble dessine un plan en U ponctué de trois tours et fait un large usage de la brique et des pierres blanches ou bleues. Le corps de logis, aux toitures complexes, occupe une position centrale, encadré par une aile se terminant par un pavillon d’entrée trapu, coiffé d’une toiture en pavillon à huit pans. Au XIXe siècle, le domaine s’enrichit d’un parc, aménagé après la destruction de plusieurs dépendances de la ferme. L’ensemble tel qu’il se présente encore aujourd’hui constitue un exemple particulièrement parlant d’une architecture mêlant logis seigneurial et ferme, dans la lignée des grands domaines fonciers hérités du Moyen Âge.

 

©Guy Focant

L’église Saint-Georges à Limbourg. Capitale d’État au Moyen Âge, Limbourg aurait simplement possédé, à la fin du XIIe siècle, une petite chapelle à chevet plat et sans transept. Cette église primitive s’agrandit au siècle suivant, parallèlement au développement de la ville haute. Elle est ensuite remaniée à plusieurs reprises, agrandie au XVe siècle, endommagée au cours des guerres menées par les troupes de Louis XIV au XVIIe siècle, puis restaurée au XVIIIe siècle. À nouveau détruite par un incendie en 1834, rénovée une fois encore, elle est finalement pourvue d’une flèche au XIXe siècle. Vu de l’arrière, l’édifice est impressionnant : le fond de l’église repose sur le bord du rempart et le chœur déborde hardiment de celui-ci. Ses fondations s’appuient ainsi assez bas sur le rocher.

 

©Guy Focant

Les orgues de l’église Saint-Barthélemy de Mouscron. Attestée dès 1149, l’église de Mouscron est un édifice de style gothique tardif remontant dans son état actuel aux XVe et XVIe siècles. La première travée occidentale, la tour et le collatéral nord ont été reconstruits en 1837. Bien que non protégée, l’église abrite plusieurs monuments classés, parmi lesquels des orgues. L’instrument, de provenance et de facteur inconnu, porte la date de 1766 sur le cul-de-lampe de la tourelle centrale. Il se trouvait à l’origine au ras de la tribune et les claviers étaient placés à l’arrière. En 1854, lors de l’aménagement d’une tribune néogothique, les claviers furent déplacés à l’avant. L’instrument se trouve depuis 1997 dans le chœur. Il a conservé son buffet d’origine avec façade en chêne, côtés et arrière en chêne et sapin. Les tuyaux sont en étain à l’avant et en plomb à l’arrière.

La fonderie des cloches à Tellin. En 1832, Charles Causard créa à Tellin la plus importante fonderie de cloches de Belgique, qui poursuivit ses activités jusqu’en 1970. Favorisée par la Révolution industrielle et le fait que Tellin abrite un relais de diligence sur la route reliant la France à l’Allemagne, l’entreprise prospère rapidement. Durant ses 138 années d’activité, elle a produit 13 000 pièces, pour un poids de 3 000 tonnes de bronze coulé. Aujourd’hui, le site a conservé dans leur état d’origine les divers éléments permettant la fabrication des cloches. Il est désormais ouvert à la visite.

La tente Napoléon du château de Sélys-­Longchamps, à Waremme. Considéré comme la plus belle réalisation Empire de Wallonie, le château de Longchamps a été construit au début du XIXe siècle sur un plan en L par l’architecte parisien Aimé Dubois. La façade ouest est flanquée d’un petit pavillon rectangulaire qui ajoute une touche d’originalité à l’ensemble. Véritable témoin de l’histoire de son temps, il est construit sur le modèle d’une tente de bivouac de l’armée napoléonienne utilisée au cours de la campagne d’Égypte. Ses faces latérales sont percées de deux portes-fenêtres à encadrement de stuc imitant des tentures drapées. Destiné à l’origine à abriter une salle de billard, cette tente Napoléon est un élément unique de cette typologie, non seulement en Wallonie mais aussi en Belgique.

 

©Guy Focant

 

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