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Trésors wallons : 7 lieux merveilleux à découvrir à Court-Saint-Etienne

La commune possède des armoiries, octroyées en 1914, qui évoquent diverses facettes de son histoire ! | © DR

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Côté patrimoine, la commune est assez riche compte tenu de sa superficie : elle totalise douze biens classés, dont l’un figure sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie.


Par Frédéric Marchesani / Photos Guy Focant et Vincent Rocher

Au sud du Brabant wallon, entre Louvain-la-Neuve et Villers-la-Ville, se trouve la charmante commune de Court-Saint-Étienne. Relativement champêtre, elle se compose d’une multitude de villages et hameaux : Beaurieux, Faux, Franquenies, La Roche, Le Chenoy, Le Ruchaux, Limouges, Mérivaux, Sart-Messire-Guillaume, Suzeril, Tangissart et Wisterzée. La commune est arrosée par la Dyle, la Thyle, l’Orne et la Cala.

Elle possède des armoiries, octroyées en 1914, qui évoquent diverses facettes de son histoire. On y trouve un tumulus faisant référence à la tombelle protohistorique de la Quenique, datée de 3000 avant notre ère, un arbre de justice évoquant une seigneurie médiévale, la figure de saint Étienne, qui a donné son nom à la commune, et enfin une roue, représentation de l’industrie florissante au XIXe siècle. En outre, la liste de son patrimoine immobilier culturel compte 171 biens. Voici quelques trésors de cet endroit propice aux balades.

La chapelle Notre-Dame de Sart-Messire-Guillaume. Érigée en style gothique tardif vers 1590 par le seigneur de Sart, elle est située sur une butte plantée de pins, à proximité d’une grosse ferme. Cette petite église d’une seule nef, construite en briques et pierre bleue, a longtemps été menacée, malgré des campagnes de remise en état organisées en 1938 et 1955. Dépourvue de toiture depuis 1927, classée comme monument et comme site dès 1975, elle a entièrement été remise à neuf en 1986 grâce à l’intervention du comte René Boël. Plus bas dans le village, ne manquez pas d’admirer une très belle croix de justice, encastrée dans le mur du bâtiment d’angle de la place : c’est le seul vestige d’un tribunal du XVIe siècle, qui témoigne du passé seigneurial du village.

Le parc de Wisterzée. Ancien fief du comté de Namur, le domaine de Court-Saint-Étienne est occupé au Moyen Âge par un château fort, aujourd’hui disparu. L’édifice actuel, construit en 1788 en briques et pierre calcaire dans un beau parc, a été agrandi au XIXe siècle et restauré à la fin du XXe siècle. Le parc paysager, classé en 1976, a été créé vers 1805 à la demande du général Albert Goblet d’Alviella et compte encore quelques arbres très anciens à proximité du château, parmi lesquels un hêtre pourpre et un tilleul argenté. La plus grande partie du parc, aménagée sur des prairies fertiles des vallées de l’Orne et de la Thyle, a été composée au début des années 1890 par le comte Eugène Goblet d’Alviella avec l’aide de l’architecte Louis-Léopold van der Swaelmen. Depuis le château, le propriétaire pouvait ainsi admirer un long dispositif paysager traversé par les cours sinueux des rivières, qui alimentent une vaste surface d’eau où se distingue un îlot planté d’un arbre solitaire.

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Le parc de Wisterzée est dominé par la silhouette du château de Wisterzée, construit en 1874 par le notaire Debroux1 en style Renaissance flamande. ©Vincent Rocher

L’église Saint-Étienne se trouve au sein d’un cimetière arboré. Elle a été reconstruite au XVIIIe siècle mais conserve une tour du XVIe siècle, héritière d’un édifice précédent. Le sanctuaire renferme une quantité d’œuvres d’art de premier plan, parmi lesquelles un triptyque de la Passion de 1540, un calvaire gothique du XVIe siècle et des autels baroques. Situé dans le collatéral nord, le superbe cénotaphe en marbre noir et blanc du comte et de la comtesse de Provins, seigneurs du lieu, peut être considéré comme sa pièce maîtresse. Ce gisant, un des plus beaux de Belgique, a été réalisé en 1652 et est constitué d’un sarcophage sur lequel reposent les deux corps en relief. Les têtes et mains des défunts sont sculptés dans le marbre blanc, le reste dans un marbre noir d’Asie mineure. Non loin de là, le presbytère est une belle bâtisse érigée dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. L’ensemble qu’il forme avec l’église, le cimetière et leurs abords ont été protégés et forment un site classé depuis 1989.

 

Eglise Saint-Etienne. ©Vincent Rocher

La ferme du Sartage. Cette dépendance sous l’Ancien Régime de l’abbaye de Villers-la-Ville, reconstruite aux XVIIIe et XIXe siècles, constitue un très bel exemple de ferme brabançonne en quadrilatère. La terre aurait été donnée aux moines par le seigneur de Beaurieux au XIIe siècle. Sous le régime français, la ferme est confisquée à l’abbaye et vendue comme bien national en 1798. Elle change ensuite plusieurs fois de mains au XIXe siècle avant d’entrer dans le patrimoine de la famille Boël, qui la possède toujours. Isolée dans la campagne, accessible par un chemin bordé d’arbres, elle est caractérisée par son imposant pavillon d’entrée daté de 1844, qui permet d’accéder à une cour intérieure par un passage voûté. Le tout a été classé comme monument et comme site en 1993.

 

Ferme du Sartage. ©Vincent Rocher

La ferme de Beaurieux. Cette ancienne ferme castrale d’un château disparu a été érigée en 1721. Elle est située au cœur du hameau du même nom, sur une vaste prairie au bord de l’Orne. On y accède par un porche monumental qui servait autrefois de colombier. Appelée également ferme de la Baillerie, elle n’est plus exploitée depuis une vingtaine d’années, mais a fait l’objet d’une restauration réussie et accueille maintenant des événements. Elle a été classée en 1998.

Les anciennes usines Henricot. Essentiellement agricole sous l’Ancien Régime, l’entité de Court-Saint-Étienne accueille une activité industrielle dès 1847, lorsqu’une forge est dotée d’une fonderie de fonte et d’une émaillerie au bord de la Thyle. Le site est racheté en 1858 par le comte Goblet d’Alviella qui engage, une dizaine d’années plus tard, le jeune ingénieur Émile Henricot pour perfectionner le site. Celui-ci y introduit de nouvelles techniques de moulage et rachète l’entreprise en 1886. Celle-ci acquiert rapidement une belle réputation dans la production de pièces en fonte, puis en fer forgé.

En 1901, une seconde usine est construite le long de la Dyle : intégrant de nouvelles innovations techniques, elle permet la fabrication de pièces spéciales moulées, d’attelages automatiques pour le chemin de fer et d’une multitude de pièces de grande dimension. En 1929, les usines Henricot deviennent leader sur le marché des aciers spéciaux de haute qualité grâce à l’installation de fours électriques. Cependant, sévèrement touchée par les répercussions du premier choc pétrolier en 1973, l’entreprise entame une longue agonie qui se terminera par l’extinction des fours en 1984.

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 Le parc à mitrailles au sein des usines Henricot. ©Guy Focant

L’équipement est alors démantelé et les bâtiments laissés à l’abandon. Aujourd’hui, seul un ensemble d’édifices comprenant la conciergerie, les anciens bureaux, le laboratoire, le foyer populaire et une partie des halles subsiste. Parmi ceux-ci, le hall n°11, également connu comme le parc à mitrailles, constitue le seul vestige de la première usine. Il a été classé en 1995.

Non loin de là, le foyer populaire, étroitement lié aux usines Henricot, a été classé en 2000. La famille d’industriels se souciait en effet du bien-être social de ses ouvriers et fit ériger en 1913 cette salle de délassement et de théâtre, actuellement occupée par le Centre culturel du Brabant wallon. Juste à côté se trouve l’usine n° 2, construite en 1922 et acquise par la commune pour être démolie et reconvertie en site dédié aux activités communautaires. Entre les deux bâtiments se trouve un monument orné d’un buste en bronze représentant Paul Henricot (1873-1948).

LE MAUSOLEE, PATRIMOINE EXCEPTIONNEL

 

Le monument funéraire des comtes Goblet d’Alviella. ©Guy Focant

Implanté au centre du cimetière de Court-Saint-Étienne en 1885, ce somptueux mausolée de lignage en petit granit est une commande du comte Eugène Goblet d’Alviella, professeur à l’Université libre de Bruxelles et politicien libre-penseur (il sera ministre d’État en 1916), Grand Maître du Grand Orient de Belgique et Grand Commandeur ad vitam du Suprême Conseil de Belgique. Une allée d’ifs gardée par deux sphinx relie par un accès privé le mausolée à la propriété familiale voisine.

Le style néogothique et ses expressions sont habituellement associés au catholicisme ou aux contextes nationalistes, ceux issus des modèles antiques ou classiques à la libre pensée ou au paternalisme industriel. Or, ici, le comte a fait un choix extrêmement rare : la reproduction d’une ancienne tombe hindoue, composée d’un kiosque en deux niveaux surmontés d’une coupole.

L’édifice est littéralement couvert de symboles puisés dans l’ensemble des douze religions et philosophies connues à l’époque (chrisme catholique, tétragramme juif, signes d’Allah, An sumérien, tian chinois…) ou renvoyant, de façon universelle, à la notion de temps cyclique, de renaissance ou de résurrection (lune, blé, papillon…).

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EN BALADE

La Fédération et Maison du tourisme du Brabant wallon propose une foule d’activités et de balades dans la province et, bien entendu, à Court-Saint-Étienne. Deux promenades pédestres peuvent être effectuées : « Au fil de l’eau à Court-Saint-Étienne » (5 km) et « Le centre et les monuments de Court-Saint-Étienne » (8 km). Une chasse au trésor, sur un parcours de 5,5 km, peut également être réalisée grâce à l’application Totemus. Une balade à vélo de 13 km, « La balade de la Pierre qui tourne à Court-Saint-Étienne », vous permettra, quant à elle, de découvrir cette étrange pierre de 4 tonnes qui, selon la légende, accomplit chaque jour à minuit un demi-tour sur elle-même !

 

Château de Wisterzée, construit en 1874 par le notaire Debroux. ©Vincent Rocher

INFOS
Fédération et Maison du tourisme du Brabant wallon
Place du Brabant wallon 1 à 1300 Wavre
+32 (0)10 23 61 08 – www.destinationbw.be

 

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