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Tout plaquer et prendre la mer en solitaire, comme le Belge Martin Callebaut

Le bateau de Martin. | © Thomas Deregnieaux

Voyages

À 38 ans, un marin belge amateur lâche tout pour rencontrer l’océan dans une course d’une trentaine de jours en solitaire.

 

La Rochelle voit se lever le grand jour de Martin Callebaut. Ce dimanche 1er octobre, il manœuvre la barre, en route pour la grande aventure de sa vie : une course à travers l’Atlantique, tout seul sur son « 6,50 ». 2 mètres cubes de solitude et l’immensité de l’océan pour lui répondre, dans une aventure dont l’idée-même ne lui avait pas effleuré l’esprit, voilà 18 mois de cela.

« Je n’étais pas du tout destiné à me lancer dans un championnat de France de course au large », avouait ce skipper amateur de 38 ans il y a quelques jours, en plein dans les derniers préparatifs. Mais « ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme », et Martin Callebaut a fini par le comprendre quand, deux semaines après avoir discuté avec des marins belges, il prend un billet de train pour la Bretagne et achète son bateau – le premier et celui qui comptera le plus. Dans la foulée, il lâche tout : un boulot dans la communication et le marketing, après des années à travailler dans la finance, et sa vie sentimentale.

J’ai lâché mon quotidien pour troquer le costume-cravate contre un ciré.

Sa « panne de projets » se transforme alors en embardée nautique avec pour ligne d’horizon, la course française « Mini-Transat » destinée à de petits voiliers. De La Rochelle à Le Marin au sud de la Martinique, en passant par l’étape de Las Palmas, 81 concurrent s’affrontent sur l’Atlantique durant 20 à 30 jours. Soit l’antichambre des grandes courses au large et un parcours très exigeant : une large distance à parcourir sur des « bateaux minatures » et avec des moyens de communications réduits. « Arriver au bout, ce sera déjà une victoire », confesse notre marin belge, le seul à représenter les couleurs de la Belgique pour cet exploit.

©Thomas Deregnieaux

Des milles et des cents

Pour se préparer, Martin Callebaut a mis derrière lui pas moins de 2 000 milles nautiques (près de 4 000 kilomètres) à travers différentes courses et un circuit qualificatif. Mais il a aussi fallu lever les fonds pour accéder à ce parcours nautique hors du commun. Comme bien d’autres aventuriers des mers, il a fait appel à la plateforme Kiss Kiss Bank Bank, où il a rapidement trouvé le soutien financier nécessaire pour se mettre à flot. À croire en lui, il y a eu la famille et les amis, bien sûr, « mais aussi des inconnus qui se sont identifiés au projet. Ils le vivent par procuration », raconte Martin.

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Quant à lui, le skipper a décidé qu’il n’aurait pas de regrets : « Je veux citer Marc Twain, qui disait que dans vingt ans, on sera plus déçu par les choses qu’on n’a pas faites, que par celles qu’on aura faites. C’est ce qui me pousse à entreprendre et à sortir des sentiers battus », lâche-t-il, avant d’avouer qu’il n’était pas le même homme, en janvier 2016. « J’ai énormément grandi à travers à ce projet. Il m’a donné l’impression de me réaliser ».

J’ai envie de prouver que je ne suis pas juste un casse-cou.

À la veille de la course, il nous communiquait son excitation : « Je ne sais pas si c’est dû à l’envie de partir ou à l’inconnu. On sait d’où on part, mais on ne sait pas ce qui nous attend – même si on a bien sûr les prévisions météo, on ne sait absolument pas ce qui va se passer. Il y a une petite angoisse aussi, mais c’est une peur qui me donne envie d’y aller », exprimait-il avant d’ajouter, « J’ai envie de prouver que je ne suis pas juste un casse-cou ».

Seul contre soi

Car de son propre aveu, Martin Callebaut est son meilleur allié, de même que son pire ennemi. Alors la solitude d’un mois en mer, il ne l’appréhende pas, il la poursuit : « C’est un petit peu ça qu’on va chercher aussi, se retrouver avec soi, se confronter à soi, à travers la nature ». Et puis, si dans la cabine à l’heure du repas on peut se sentir un peu seul, à la barre, « on est tout de même 81 autres participants, même si on ne les voit pas ».

©Thomas Deregnieaux

Et au terme de l’aventure, difficile de concevoir un retour au bureau pour Martin. Sa vie, désormais, c’est l’océan et tout ce qu’il y a autour. « J’aimerais travailler dans le secteur », avoue ce passionné de navigation depuis 20 ans – dont quinze sans faire aucune régate. Au « plus vite, plus loin », qui le poussera certainement vers d’autres courses, il ajoute un « plus vrai, plus moi », qui dirigera désormais sa vie. « J’ai enfin laissé parler une passion que j’ai en moi depuis que je suis gosse et que je refoulais ».

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Et à ceux qui rêvent d’un « tournant à 90° », comme il l’appelle, il conseille de ne pas craindre ces envies qui chamboulent tout. C’est qu’il faut « réfléchir un petit peu, mais ne pas trop réfléchir non plus », conclut-il malicieusement. Bon vent à tous les rêveurs !


Suivez l’aventure de Martin Callebaut sur son blog, #Extasea.

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