Paris Match Belgique

Capitaine, chef cuisinier et concierge VIP : Le Queen Mary 2 vu par ses employés

Trois fois par jour, 1 200 repas sont servis en trois-quarts d'heure. | © AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Voyages

Ce n’est pas un paquebot mais un art de vivre. Traverser l’Atlantique à bord du Queen Mary 2 est un luxe qu’il faudrait s’offrir au moins une fois dans sa vie. Visite avec des personnages clés du joyau de la Cunard.

 

À bord du Queen Mary 2, 1 300 employés font tout en sorte pour rendre inoubliable le voyage des passages – tout en leur évitant un épisode façon Titanic.

Le chef cuisinier James Abhilash 

« Être chef à terre n’a rien à voir avec l’être en mer, sur un bateau de croisière. Il faut prévoir très précisément les provisions que l’on embarque. Idem pour le staff. S’il manque du personnel ou si l’on a recruté des gens incompétents, on doit faire avec pendant toute la traversée. Tout doit être réglé comme du papier à musique.

Chaque minute, trente assiettes partent de la cuisine pour se retrouver sur une table.

Par exemple, 1200 repas sont distribués en trois quarts d’heure. Chaque minute, trente assiettes partent de la cuisine pour se retrouver sur une table. Il faut donc qu’elles soient rapides à préparer et faciles à remplir. Tout en étant bonnes et d’une présentation élégante. Le moindre incident a un effet domino. Prenons un plat avec des pommes de terre, des légumes et leur sauce: ces trois ingrédients viennent de différentes sections de la cuisine. Mais si le cuisinier a mal calculé et que les pommes de terre viennent à manquer, alors c’est toute la ligne qui est perturbée.

Lire aussi > Tout plaquer et prendre la mer en solitaire, comme le Belge Martin Callebaut 

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Il y a aussi les aléas de la météo… Nous avons d’immenses chariots pour transporter la vaisselle. Bien sûr il existe un système de sécurité pour les bloquer mais un coup de vague soudain peut tout renverser ».

Capitaine Christopher Wells

Le défi, pour un capitaine transatlantique, c’est le départ et l’arrivée. Au milieu de l’Atlantique, avec l’horizon pour seul point de vue, pour lui, c’est presque un jour férié. Son rôle, c’est d’être prêt à tout. Sur les bateaux modernes, les incidents techniques, notamment les incendies, sont rares. Avant, le feu était la plus grande angoisse. Aujourd’hui, il y a des détecteurs et des projecteurs d’eau partout. Une fois par an, une décision très difficile est à prendre.

Certains s’imaginent que je suis debout à la barre, avec des giclées d’eau glacée me fouettant le visage.

« La météo est mauvaise et on annonce une aggravation. Vous ne voulez pas rester ancré au large, dans une mer agitée, avec 4 000 personnes à bord (2 700 touristes et 1 300 membres d’équipage). Mais vous ne voulez pas non plus que l’accostage soit périlleux pour ces passagers. Estimer les risques et prendre la bonne décision est alors très compliqué, mais c’est le job. Certains s’imaginent encore que je suis debout à tenir la barre d’un gouvernail rond, avec des giclées d’eau glacée me fouettant le visage. La technologie a remplacé tout ça. Le bateau se conduit tout seul. Et, à dire vrai, je vais rarement dans le poste de commandement. Je ne suis encore jamais allé au cap Horn mais pour ça il faut porter une longue barbe blanche. Je dois être trop jeune encore ».

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE – Le capitaine Christopher Wells.

Le concierge VIP Joy Khumalo

« Sur une croisière, le job est à la fois plus facile qu’à terre et plus difficile. Une croisière transatlantique donne parfois plus de temps à certains passagers pour… chicaner. On me demande : ‘Pourquoi le temps est si mauvais? Pourquoi le bateau vibre-t-il?’ Certains aiment bien se la jouer old fashion aussi. Une femme est ainsi venue me dire qu’elle souhaitait qu’on ne l’appelle pas ‘madame’ mais ‘docteur’. Valable pour les passagers aussi !

Il y a une règle d’or : ne jamais dire non ! Même quand on sait que c’est impossible.

On voit rarement des célébrités, mais le chanteur Ed Sheeran était à bord en décembre. Certains passagers sont bizarres. Un couple faisant le tour du monde est sorti seulement quatre fois de sa suite en trois mois ».

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE

L’animateur de la croisière Tommi Baxter-Hill

« Je m’occupe des gens qui voyagent seuls. Je crée des animations pour eux, pour qu’ils puissent se rencontrer et, d’une manière générale, pour que leur croisière soit agréable. Mais ce n’est pas du speed dating ! Par ailleurs, je suis l’animateur de la Queens Room où sont organisés des thés dansants. Je suis en charge des ‘dance hosts’, recrutés spécialement pour faire danser les dames qui le désirent. Je m’occupe aussi de la préparation des événements que les passagers veulent organiser, comme des anniversaires, des soirées privées, le renouvellement des voeux et aussi les mariages.

Pour les mariages, je suis le témoin de ceux qui n’en ont pas. J’ai dû officier au moins 150 fois.

Je suis aussi en charge des événements plus tristes. Comme consoler ceux qui perdent leur conjoint à bord. Mon pire souvenir fut sans doute lorsque je suis resté dix-sept heures d’affilée assis à côté d’un homme qui venait de perdre sa femme. Il était inconsolable. Comme nous avons une clientèle âgée, malheureusement la mort survient régulièrement à bord ».

Mr et Mrs Mann de Floride, passagers d’un tour du monde

« Ma mère était une dingue de croisières. Elle a passé presque 2 000 nuits à bord d’un paquebot de la Cunard dans sa vie et m’a transmis le virus. On avait déjà fait des séjours de six semaines-deux mois, mais jamais un tour du monde. On pourrait s’imaginer que cinq mois c’est long mais, honnêtement, j’ai l’impression d’être monté à bord la semaine dernière. Et on parle de 132 nuits !

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Il y a tellement de choses à faire. Le service est absolument incroyable. Très haut de gamme et, en même temps, très chaleureux, pas du tout guindé. Et j’aime aussi le style old fashion de la Cunard. J’aime porter mon smoking le soir, voir les femmes élégantes au bal du capitaine, prendre la cérémonie du tea time dans l’après-midi… »

Le médecin Bart Stepien, Polonais  

« J’aime la médecine et je n’aime pas la routine. Sur un bateau, tout peut changer brusquement, comme l’océan: le centre médical est calme comme une mer d’huile et, soudain, j’ai quatre urgences à gérer en même temps. Je suis sur le ‘QM2’ depuis trois ans.

Lire aussi > Il y a 50 ans, Tahiti inventait les bungalows pilotis

C’est passionnant mais, en même temps, c’est comme vivre trois mois d’affilée dans un hôpital… La façon d’exercer est différente car on peut être confronté à n’importe quelle situation. A terre, comme médecin de famille, vous n’avez pas à transfuser un patient. Sur le ‘QM2’, cela peut arriver. Et inversement. Si vous travaillez dans un hôpital, vous ne traitez pas de mal de mer…

©AFP PHOTO / LOIC VENANCE

Les passagers de croisière sont plutôt âgés et nous devons faire face à des situations sérieuses. Parfois, je suis cardiologue, une autre fois orthopédiste ou neurochirurgien. Récemment, nous avons eu une évacuation par hélicoptère, une transfusion, un accouchement. Je peux avoir de l’aide pour un avis en télémédecine, mais au bout du compte, c’est à moi de prendre les bonnes décisions. Sur une traversée transatlantique d’une semaine, nous sommes au milieu de l’océan pendant trois jours, sans possibilité d’assistance. Toutefois il faut savoir que vous êtes plus en sécurité sur notre bateau que dans une rue de Paris. Si vous avez une attaque cardiaque dans une grande ville, dans le meilleur scénario, vous serez à l’hôpital en trente minutes. Tandis qu’à bord un médecin sera à côté de vous en trois minutes avec un défibrillateur. J’ai ‘ressuscité’ plus de gens sur le ‘QM2’ que quand je travaillais dans un hôpital ».

CIM Internet