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Échappée belge : 10 choses surprenantes sur la vie en Russie

Manon s'est installée à Moscou et n'en finit pas d'apprendre à connaitre la culture russe. | © Flickr/Andrey Naumov

Voyages

Tout plaquer pour aller s’installer au bout du monde : un rêve que cultivent de plus en plus de Belges. Mais la vie est-elle vraiment plus belle sous le soleil ? Échappée belge à la rencontre d’expatriés qui ont construit leur vie à l’étranger, et racontent les surprises rencontrées dans leur nouveau pays.

Tombée dans la marmite de la gymnastique rythmique quand elle était petite, Manon Masset a toujours côtoyé des Russes, ses entraîneurs, dès le plus jeune âge. La Liégeoise effectue son premier voyage au pays des Soviets alors qu’elle n’a que huit ans dans le cadre d’une compétition. « Alors que beaucoup d’étrangers cultivent les clichés et les a priori négatifs sur le pays, pour moi, la Russie était simplement le pays avec les meilleures gymnastes au monde », se souvient-elle.

Au terme de sa carrière sportive et après sa rhéto, Manon décide de partir un an en échange pour apprendre le russe … à Vladivostok. « À l’époque, je ne savais même pas que la Russie s’étendait jusque là ». Mais qu’importe, la jeune fille de 17 ans se lance dans l’aventure et partage le quotidien de plusieurs familles russes, apprend la langue et voyage en train via le Transsibérien jusqu’au Baïkal, vole jusqu’à Moscou et Saint-Pétersbourg et se rend même en Chine.

©Flickr/Alexander Gubin

De retour en Belgique, l’appel de la Russie ne cesse de se faire ressentir et Manon, qui étudie le journalisme à Bruxelles, repart en Erasmus durant six mois à Moscou, avant de réaliser son mémoire sur les « artivistes » russes et de finalement atterrir en stage à la rédaction du site d’information russe en français basé à Moscou, Le Courrier de Russie. Loin de l’exotisme de l’Australie ou de l’Amérique du sud, la Russie offre son lot d’expériences inédites.

Ce pays qui fait 30 fois la taille de la France (soit 270 fois la Belgique), traversé par 7 fuseaux horaires et qui connait des températures allant de -70°C à 40°C ne fait pas dans la demi-mesure. « Avec tous ses défauts qui font aussi son charme, la Russie, on l’aime ou on l’a quitte », tranche Manon.

En Russie, on ne siffle pas, pas même les filles

Siffler à l’intérieur vous amène des problèmes d’argent, s’asseoir une minute en silence avant chaque voyage porte chance, offrir un nombre impair de rose porte malheur, s’asseoir sur le sol froid risque de geler vos ovaires… ne sont que quelques exemples des superstitions du quotidien russe. Véhiculées principalement par les babouchkas, grand-mère russe, les superstitions ne sont pas à prendre à la légère. « Un petit sifflotement dans un magasin et vous vous attirez les foudres de tous les clients ».

« Faisons un test ». Une jeune fille grande, mince, avec de longs cheveux lâché blonds, des talons et une mini-jupe, s’élance seule sur la perspective Nevski, la principale avenue de Saint-Pétersbourg. Sur les 4,5 km que fait l’artère, pas une seule personne – homme ou femme – ne s’adressera ou même ne posera un regard sur la jeune femme… « sauf mon collègue belge qui s’est prêté au jeu ». Une expérience qui permet d’illustrer la totale indifférence des Russes face aux tenues sexy des filles en rue. Peut-être est-ce parce que le sexy est présent à tout les coins.« En tout cas, en Russie, ce n’est donc jamais trop court, jamais trop transparent et jamais trop voyant. La façon de s’habiller est une affaire personnelle. Que chacun fasse ce qu’il lui plaît ».

©Flickr/Pasquale Paolo Cardo – Voilée ou découverte, on critique rarement les tenues des femmes moscovites.

Et pourtant, un premier rendez-vous en Russie a des allures de « conte de fées ». « Quelle n’a pas été ma surprise lorsque j’ai vu débarqué mon ‘date’ avec une rose ». Tout au long de la soirée, votre galant vous tient la porte, vous débarrasse, tire la chaise et surtout… insiste pour porter votre sac ! Se promène donc à Moscou une armée de petits soldats dociles accompagnés de leur diva. Traitée comme une princesses de A à Z, pas question que la fille paie l’addition.« N’essayez même pas de négocier, vous risqueriez d’offenser votre prince charmant ! »

Au restaurant justement, dans la soupe, sur la viande, dans les salades dans les pâtes, les chips voire même les gâteaux, l’aneth est partout en Russie. Cette herbe aux arômes extrêmement prononcés a la fâcheuse manie de donner le même goût à tous vos plats. Un fléau contre lequel un groupe d’expatriés lutte via un groupe sur Facebook qui répertorie les cas d’abus d’aneth les plus graves, surnommé le Dillwatch group.

©Tobin Auber‎ – Des « liver cakes » dotés d’une belle dose d’aneth : tout un programme, à Saint-Pétersbourg.

Métro, boulot, bien au chaud

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la Russie est un pays multiculturel au sein duquel cohabite plus de 100 de peuples aux croyances différentes. Parmi eux, 40 sont légalement reconnus comme « les petits peuples de Russie » dans le Grand Nord, en Sibérie et en Extrême-Orient. À quelques 720 km à l’est de Moscou, Kazan est un exemple marquant de cette multiculturalité harmonieuse, comme en témoigne son Kremlin, l’antre du pouvoir, dans lequel une église orthodoxe côtoie une mosquée.

Côté architecture, loin des couloirs exigus, sales et qui sentent l’urine des métros européens, le métro de Moscou, inauguré en 1935, est l’un des plus anciens du monde, mais aussi l’un des plus beaux. Construit comme un musée pour le peuple par Staline, le métro de la capitale russe impressionne. « Au bout d’interminables escalators, chaque station du centre est décorée avec des mosaïques et peintures représentant les travailleurs soviétiques ». Emprunté chaque jour par 9 millions de personnes, il est le 2ème métro le plus fréquenté au monde.

©Flickr/Mariusz Kluzniak

Mais la patience est une vertu qu’il est indispensable de cultiver en Russie. Un principe que même les touristes qui viennent pour la première fois en Russie comprennent dès qu’ils entament les démarches pour les visas. Royaume de la bureaucratie, les Russes prendront plaisir à vous balader pendant des heures d’un bureau à l’autre pour recevoir une simple lettre.« Si par malheur, vous ne parlez-pas russe ? La vieille dame au guichet vous répète la même chose en haussant la voix ! »

« Début octobre, comme chaque année, le chauffage est de retour dans les maisons russes pour les huit mois à venir. La Russie fonctionne encore avec un système central de chauffage, hérité de l’époque soviétique ». Peu soucieux d’économiser l’énergie, les Russes, en t-shirt à l’intérieur été comme hiver, ouvrent les fenêtres pour ne pas mourir de chaud. Et si les quelques chanceux qui possèdent un thermostat s’aventurent à diminuer le chauffage, c’est à leur risque et périls : « ils vont certainement provoquer une inondation dans l’appartement ! »

Un pays des extrêmes

Avec 1 million de personnes séropositives, la Russie compte parmi les pays les plus touchés par le VIH. « Avec presque 1% de personnes infectées, le sida est au stade d’épidémie en Russie ». La lutte contre l’infection par le VIH bute sur des groupes de pression privilégiant la défense des valeurs traditionnelles à la prévention du sida ou niant carrément son existence. Les drogués et homosexuels sont généralement pointés du doigt et sont discriminées.« L’éducation sexuelle est pour ainsi dire inexistante et nombre de Russes, même chez les jeunes, ne sont toujours pas conscient de l’importance de se protéger ».

©Marie de la Ville Baugé – Les aurores boréales russes.

Avec seulement 148 millions d’habitants pour un territoire de 17 millions de km2, la Russie est le plus grand pays du monde. Le tourisme n’étant pas encore développé, le pays a su préserver une nature et une biodiversité uniques, offrant des paysages à couper le souffle dans les coins les plus reculés de Russie. Dans la partie nord de la Russie européenne, la péninsule de Kola est la reine des superlatifs. La capitale Mourmansk vaut à elle seule le détour : elle est la plus grande ville du monde au nord du cercle polaire arctique et fait également figure d’exception avec son port qui ne gèle jamais. À ces latitudes, le spectacle offert par les aurores boréales est magique ! (Sur)vivre aux nuits polaires, période en hiver d’une quarantaine de jours lorsque le soleil ne se lève jamais, est également une expérience extrême alors que les Nuits blanches, ces longues journées d’été où le soleil ne se couche jamais, pourraient vous rendre fous !

Lors de l’un de ses voyages russes pour « Le Courrier », Manon s’est rendue à Mourmansk, située sous le cercle polaire, où il fait nuit noire 41 jours par an.

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