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Lutte contre la propagation : comment va-t-on « tracer » vos contacts ?

Bruxelles traçage application mobile coronavirus

En Belgique, la task force coronavirus travaille actuellement sur des solutions de traçage numérique du Covid-19. | © Nicolas Landemard / Le Pictorium/MAXPPP.

Société

Le « traçage numérique » pourrait constituer une stratégie importante dans la lutte contre la propagation du nouveau coronavirus. Qu’en est-il concrètement ?

Dans son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron a annoncé un report de la fin du confinement en France au 11 mai. Le chef de l’État a abordé une des stratégies qui sera employée pour tenter de contenir la pandémie afin d’éviter une deuxième vague de contamination et permettre un déconfinement progressif. Il s’agira d’un outil de traçage numérique intitulé « Stop Covid » et piloté par l’INRIA (l’institut national de recherche en sciences et technologies du numérique).

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Dans une vidéo explicative, le site 20 Minutes clarifie ce projet de traçage numérique en préparation. Il s’agit d’une « application mobile gratuite qui permettrait de retracer les interactions sociales des personnes testées positives au Covid-19 et donc d’identifier les chaînes de transmission ». Concrètement, si vous avez été en contact avec une personne porteuse du Covid-19, l’application de votre gsm aura enregistré le téléphone de la personne contaminée avec laquelle vous avez été en contact (au supermarché par exemple) et vous avertira afin que vous puissiez vous placer en quarantaine vous aussi.

Cette stratégie n’est pas uniquement développée en France mais dans de nombreux autres pays européens, dans le but d’aboutir progressivement à des déconfinements réussis.

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Singapour a déjà mis en place ce modèle depuis le 20 mars. Là-bas, les habitants sont identifiés à l’aide d’un code à plusieurs chiffres, ni leur identité ni leur numéro de téléphone ne sont dévoilés. Mais, malgré ces mesures, le pays a dû malgré tout placer sa population en confinement.

L’Allemagne a également lancé l’application « Corona-Datenspende » (« Don de données Corona », en français) : un système connecté à des montres intelligentes ou des bracelets de fitness, avec un public potentiel d’environ 10 millions d’Allemands.

La Norvège – qui vient d’annoncer un allègement progressif des restrictions à partir du 27 avril – vient de lancer l’application Smittestopp (« Stop à l’infection »). Celle-ci enverra aux utilisateurs un message s’ils se sont trouvés pendant plus de 15 minutes à moins de deux mètres d’une personne infectée, sans révéler d’identité. En enregistrant les mouvements de l’usager, elle permettra aussi aux autorités sanitaires de mieux observer la propagation de l’épidémie.

Quid de la Belgique ?

Chez nous, la taskforce coronavirus travaille actuellement sur des solutions de traçage numérique. Rappelons que les opérateurs mobiles (Proximus, Orange, Base) ont déjà mis leurs données en commun avec celles du SPF Santé Public dans le but de lutter contre le coronavirus en Belgique. Toutes ces données sont bien sûr anonymisées.

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La RTBF a interviewé Frédéric Pivetta, cofondateur de la société spécialisée en intelligence artificielle Dalhberg Data Insights, qui a déjà aidé plusieurs pays émergents touchés par des crises sanitaires en utilisant justement des données de téléphones portables. Selon ce dernier : « Si on sait où les gens malades résident et qu’on sait où les gens qui résident vont habituellement, en gros, ce que sont les réseaux de mobilité de la Belgique, ça permet de savoir où la maladie va se répandre, où se trouvent les gros carrefours de mobilité, là où il y a de fortes interactions sociales. Cela permet donc, en utilisant la mobilité, de déterminer où la maladie va se répandre. »

Une solution qui comporte plusieurs faiblesses

Seul bémol, le téléchargement de cette application sera uniquement basé sur le volontariat. La crainte majeure autour de ce procédé concerne la stigmatisation des personnes malades mais aussi le risque que ce type de traçage perdure même après le confinement. Sans parler des habitants qui ne bénéficient pas d’un accès au numérique. Selon l’Enquête TIC de 2016, 10 % de la population belge entre 16 et 74 ans n’ont jamais utilisé un ordinateur et 11 % n’ont jamais navigué sur Internet.

Si aucune garantie ne permet aujourd’hui de certifier que le système fonctionne, la certitude est qu’elle devra nécessairement être accompagnée d’une stratégie de dépistage à grande échelle pour être efficace.

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