Paris Match Belgique

À la découverte de Chimay, son château et son théâtre

Le château de Chimay, remanié en style néogothique au milieu du XIXe siècle. Et la salle et la scène du théâtre. | © Guy Focant

Voyages

Le début de ce XXIe siècle aura été déterminant pour éclairer l’histoire tumultueuse de ce château, surtout connu de nos jours pour son petit théâtre à l’italienne construit en 1863 par un architecte français.

 

Par Florence Pirard/ Photos Guy Focant

Situé à la pointe d’un éperon rocheux bordé par l’Eau blanche, le château de Chimay est érigé sur les vestiges d’une forteresse en calcaire de plan trapézoïdal dont la construction fut entamée avant 1607, en intégrant des structures plus anciennes, par Charles de Croÿ (1560-1616), dit le Grand Sire, de la branche des ducs d’Aerschot. Celui-ci laissera une description du château dans son fameux « Besoigné de Chimay », manuscrit autographe daté de 1606 et dont l’original est conservé dans les archives du château.

Après la mort de Charles de Croÿ en 1616, la terre de Chimay, érigée en principauté depuis 1486, passe aux Arenberg, puis aux Alsace d’Henin-Liétard en 1686. En 1637 et en 1640, la ville, qui fait partie des Pays-Bas espagnols, est pillée et incendiée par les Français et le château perd deux de ses grosses tours. Au début du XIXe siècle, Philippe d’Alsace, prince de Chimay et de Beaumont, meurt sans enfants. Chimay revient à son neveu, François-Joseph de Riquet, comte de Caraman, dont les descendants occupent toujours le château.

Accessibles par une rue et un porche les séparant de la Grand-Place de Chimay et remaniés en style néogothique vers 1856 après avoir été assaillis et détériorés à maintes reprises, les bâtiments sont ravagés par un incendie en 1935 et partiellement reconstruits l’année suivante par l’architecte Pelgrims de Bigard.

Bien que modifiée, la façade orientale porte encore les traces des glissières du pont-levis de l’ancienne entrée, tandis qu’une pierre sculptée millésimée 1607 surmonte la baie centrale à croisée. Fort heureusement, le mobilier et le théâtre avaient alors miraculeusement échappé aux flammes. Les décors du théâtre avaient néanmoins subi des altérations dues aux infiltrations d’eau qui touchaient à la fois la structure et l’ensemble des décors sous forme d’écaillages, d’auréoles et de pertes de matière affectant très profondément leur lisibilité, ainsi que de décollements, de boursouflures et de rétrécissement des toiles peintes à la détrempe.

S’y ajoutait une infestation aux cryptogames. Malgré une restauration limitée entreprise en 1959, le théâtre fut fermé en 1984 en raison d’une infestation de mérule : l’action des insectes xylophages menaçait la stabilité des balcons et des décors. D’importantes investigations préalables furent menées, les restaurations étant confiées aux ateliers Menchior et Namotte (stuc, staff, carton-pierre) et du conservateur-restaurateur de peintures Frédéric de Baere de Clercq. Le 8 septembre 1991, ce joyau du patrimoine wallon rouvrait ses portes en inaugurant son premier concours international de chant baroque.

Suite à des travaux de rénovation, quatre campagnes de fouilles, menées entre 2004 et 2007 par la Direction de l’archéologie du Service public de Wallonie et une équipe du Centre de recherches archéologiques de l’Université libre de Bruxelles dans le jardin du château, permettent la mise au jour de la structure d’une ancienne collégiale, des restes d’une petite chapelle et de l’assise du château médiéval. Il apparaît alors que l’édifice actuel avait été érigé sur les vestiges d’une forteresse en moellons de calcaire, qui comprenait notamment un donjon dont l’existence au XIIe siècle est désormais attestée.

 

 Le salon abrite des portraits des personnes ayant résidé dans les lieux au fil des siècles. ©Guy Focant

L’histoire du premier théâtre du château est intimement liée à celle de Thérésa Cabarrus. Née en 1773 au château de Carabanchel de Arriba, près de Madrid, cette beauté épouse en premières noces le marquis de Fontenay puis fait la connaissance du citoyen Tallien, grâce à quoi elle évite la guillotine à la Révolution. Elle sauve de nombreuses vies lors des massacres de Bordeaux, ce qui lui vaut d’être surnommée « Notre-Dame de Thermidor » par ses contemporains. Elle devient madame Tallien en 1793, nom sous lequel elle est restée célèbre. Elle divorce et, en 1805, épouse François-Joseph de Riquet, comte de Caraman et prince de Chimay.

La princesse de Chimay aime le théâtre et, plus encore, la musique. Aussi le prince fait-il ériger pour elle un premier théâtre en colonnade circulaire dans la cour du château. Un portrait de la princesse peint par le baron Gérard ornant le vestibule du château représente Thérésa telle une déesse antique couronnée de fleurs, dans un décor théâtral, le visage à la fois solaire et vénusien. Elle décède en 1835.

En 1863, Joseph de Riquet, dit le Grand Prince, fait raser le théâtre érigé pour Thérésa et charge l’architecte Cambon, élève de Ciceri et auteur du théâtre de Fontainebleau, de construire l’actuel petit théâtre à l’italienne dans les annexes néogothiques du XIXe siècle, derrière l’aile d’entrée du château. Après trois ans de travaux, l’inauguration a lieu le 25 janvier 1863 avec une représentation de « L’École des maris », une comédie en trois actes de Molière.

Le plafond du théâtre attire tous les regards ©Guy Focant ©Guy Focant

De forme ovale, la salle, à l’excellente acoustique, peut accueillir deux cents personnes. Dotée d’une loge princière axiale et de deux étages de balcons, elle est décorée de peintures et de stucs blanc et or, mêlant les styles classiques français. Les toiles, comme l’intéressant rideau de scène peint sur toile en trompe-l’œil, sont dus à Cambon. La corbeille, habillée de rouge – rappelant ainsi le style Napoléon III rouge et or – a reçu une riche ornementation dorée et un décor peint.

Mais c’est le plafond qui attire tous les regards. Aplatie et composée d’une vingtaine de toiles à la détrempe assemblées et marouflées sur une structure en bois, la coupole illustre en trompe-l’œil le Paradis, avec une architecture circulaire ouverte sur le ciel par des angelots. Quatre cartouches évoquent les Arts, campés sur une balustrade. Par ses différents aspects techniques et symboliques, cette coupole est à rapprocher de celle du Théâtre royal de Namur. Le centre de la coupole est occupé par une belle rosace composée de six éléments en bois ajouré, permettant la circulation de l’air.

À l’arrière, le jardin du château n’est constitué que d’une simple pelouse. Elle est délimitée par une muraille en moellons de pierre calcaire assisés, et marquée par deux tours rectangulaires. L’accès vers l’extérieur se fait par une porte néogothique précédée d’un escalier en pierre calcaire. Deux bâtiments du XVIIIe siècle sont également compris dans l’enceinte de la propriété. En contrebas du château, le parc du Prince est accessible en deux endroits, au nord-ouest et au sud-ouest. Il a fait l’objet de maints aménagements.

 

Une cheminée et un escalier majestueux. ©Guy Focant

Organisez votre visite

Cet automne, le château est ouvert jusqu’au 14 novembre, du mercredi au dimanche de 11 h à 17 h. Raconté par Stéphane Bern,
le film « Secrets de Chimay », d’une durée de 38 minutes, retrace l’histoire des princes de Chimay, et est diffusé dans la Maison des artiste à 10 h, 10 h 45, 11 h 30, 13 h 30, 14 h 15, 15 h, 15 h 45 et 16 h 30. La visite de l’intérieur du château donne accès au hall d’entrée, au salon Thierry Bosquet, au salon des portraits, au jardin d’hiver, à la salle d’armes, à la chapelle et au splendide théâtre, inscrit sur la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie. Il est possible d’y participer à un « escape game ». Uniquement sur réservation. Tarifs : adultes 10 €, seniors-étudiants 9 €, enfants de plus de 6 ans 8 €.

 

INFOS

Rue du Château 14, 6460 Chimay

info@chateaudechimay.be – 060 21 45 31

chateaudechimay.be

La salle d’armes.  ©Guy Focant

 

 

CIM Internet